L’économie des gaz de schiste
Dossier | Gaz de schiste, l’expérience québécoise

Le lundi 31 janvier 2011 par La rédaction

Les principaux avantages à permettre l’exploitation des gaz de schiste sont bien entendu d’ordre économique. Les partisans mettent en avant les emplois créés, d’une part, et les retombées financières - sous formes de taxes - pour le gouvernement québécois, d’autre part. Mais d’autres raisons peuvent intervenir, comme l’utilisation du gaz elle-même [1].

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L’extraction du gaz de schiste et l’emploi
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La Fédération de Chambre de commerce du Québec souligne la forte potentialité de cette industrie à la fois en terme d’emplois, directs et indirects, et de formation, mais dans une vision assez optimiste. Elle pointe néanmoins le retard du Québec, notamment des compétences et des formations, qui implique une dépendance vis à vis du Canada.

« La FCCQ croit que les industries de la bio-méthanisation et du biogaz doivent être développées, mais elles ne pourront pas suffire à l’ampleur de la demande, d’où l’importance de développer le gaz de shale. Ce secteur d’activité économique est appelé à prendre de l’importance si le potentiel préliminaire identifié se concrétise dans le futur. Selon les données de la firme Secor, la création d’emplois annuelle serait de 2 153 selon un scénario de base. Selon le scénario optimiste, au moment où l’activité atteindrait son rythme de croisière à compter de 2015, la création de richesse annuelle s’élèverait à 278 millions pour le Québec, soit 4 878 emplois annuellement, plus du double du scénario de base. Cette hypothèse est plausible, puisque, toujours selon Secor, la production potentielle pourrait représenter une proportion importante de la demande québécoise de gaz (entre 50 et 100 % selon le scénario réalisé). Également, les prévisions de croissance en approvisionnement en gaz naturel non conventionnel, dont font partie les gaz de shale, sont exceptionnelles. On peut en effet constater la perte de vitesse de la production de l’industrie conventionnelle d’extraction du gaz naturel au Canada et aux États-Unis (...)

Selon les représentants de l’industrie, les coûts d’installation d’un puits au Québec sont de 10 M$ comparativement à 5 M$ en Colombie-Britannique. Cette différence s’expliquerait principalement par le besoin d’importer de la main-d’œuvre et des équipements spécialisés de l’Ouest canadien. Par conséquent, le développement d’une main-d’œuvre locale ainsi que d’entreprises sous-traitantes aiderait à faire diminuer les coûts de la production de l’industrie au Québec et assurerait sa compétitivité. À ce titre, la FCCQ souligne le dynamisme du cégep de Thetford Mines qui a annoncé l’adaptation de son programme de technologie minérale pour répondre aux besoins de l’industrie. Il faudra toutefois que le gouvernement bouge et facilite cette adaptation si nous voulons pouvoir compter rapidement sur une main-d’œuvre locale performante pouvant relever le défi des besoins de cette nouvelle industrie. Ce programme adapté de technologie minérale aidera à retenir et à attirer des jeunes dans la région et créera du même coup des retombées économiques indirectes, conséquence de la présence de cette industrie au Québec. Cet exemple illustre le type de retombées économiques indirectes qui n’ont pas été prises en compte dans l’étude de Secor. En effet, l’évaluation n’inclut pas « … les effets plus structurants qui pourraient provenir de l’établissement de nouvelles entreprises ou le développement d’entreprises existantes pour approvisionner l’industrie gazière en biens et services divers ». Certains groupes ont critiqué l’industrie sur la base du fait qu’elle ne créerait que quelques emplois une fois la production en cours. La question toutefois est de savoir si l’industrie crée des emplois en même quantité qu’ailleurs. Il serait surprenant qu’il en soit autrement. Si la structure de l’industrie fait en sorte que les emplois directs peuvent sembler peu nombreux, il ne faut toutefois pas négliger les emplois indirects. »

DM26 / FÉDÉRATION DES CHAMBRES DE COMMERCE DU QUÉBEC. Mémoire, novembre 2010, 16 pages.

À cette vision optimiste, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) répond par des « bémols » sur la créations d’emplois et sur le marché du gaz et de l’énergie, notamment hydroélectrique, qui, selon elle, n’incite pas à démarrer rapidement la production massive de gaz de schiste. Elle ne voit donc pas d’objection au moratoire afin de garantir une protection optimale de l’environnement.

« Des retombées économiques pour le Québec ?

Aux chiffres faramineux lancés par l’Association gazière et pétrolière du Québec (AGPQ) ont succédé d’autres données plus modestes. On ne parle plus de 10 000 emplois, mais bien de 1 000 à 1 500 emplois, d’après le professeur Jean-Thomas Bernard. Dans sa présentation à l’assemblée de l’Association gazière et pétrolière du Québec, il ramène les redevances annuelles à un modeste 56 millions de dollars, bien loin de la valse des milliards avancée par le gouvernement : « Je suis certain que le ministre des Finances ne lèvera pas le nez sur 56 millions, mais ce n’est pas ça qui va changer la face des finances publiques ».

Alors que le Québec a fait de l’hydroélectricité le moteur de son développement et a entrepris de nouvelles constructions, on fait chuter le prix de nos exportations d’électricité à long terme, en produisant à bas prix du gaz naturel. Autrement dit, on se tire dans le pied ! Et comme le coût de l’exploitation du gaz de schiste au Québec est trop élevé pour l’industrie, ce ne sont rien de moins que d’autres allégements fiscaux (déjà les plus généreux selon l’Institut Fraser) qui sont demandés pour ramener de dix à quatre millions le coût de mise en exploitation d’un puits !

Comme le marché du gaz est saturé, que l’offre est plus que suffisante, que les prix sont déprimés et que les coûts sont trop élevés… aussi bien dire qu’il n’y a plus de contrepartie économique qui puisse justifier un niveau de danger socialement acceptable pour l’environnement. Il n’y a donc pas urgence de ce côté, et un « temps d’arrêt » ou un moratoire ne devrait pas être catastrophique si nous protégeons entre-temps les investisseurs actuels jusqu’à la conclusion d’une véritable consultation populaire sur l’ensemble de la place des hydrocarbures dans le portefeuille énergétique du Québec.

Il reste un débat de taille : à qui doivent profiter ces richesses qui sont la propriété collective des citoyens du Québec. Pour nous, si exploitation il doit y avoir, la majorité des revenus qu’on pourrait en tirer devraient être versés au Trésor public, sur le modèle du Fonds de prévoyance mis sur pied en Norvège. »

DM160 / FÉDÉRATION DES TRAVAILLEURS ET TRAVAILLEUSES DU QUÉBEC (FTQ). Mémoire, novembre 2010, 9 pages.

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ArcelorMittal
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Arcelor Mittal a remis un rapport intéressant à lire dans la mesure où l’entreprise n’est pas productrice mais consommatrice de gaz pour la fabrication de ses aciers. Elle donne donc un aperçu des gains indirects de la production de gaz de schiste au Québec. Dans son rapport, elle alerte sur les menaces qui pèsent sur l’emploi si le Québec n’est pas approvisionné correctement en gaz et les risques de délocalisation associés. Les gains environnementaux à l’utilisation du gaz pour la production de l’acier sont également mis en avant. L’entreprise propose néanmoins un discours pro-gaz et ne recule pas devant la minimisation des faits (« Incidents anecdotiques montés en épingle par les média » à propos du « débat émotif ») [2] ou bien, la conclusion de pure rhétorique de tous ces documents : « il n’y a pas de développement durable sans développement ».

« ArcelorMittal Montréal (« AMM ») est la plus importante entreprise sidérurgique au Québec et le gaz naturel est vital à ses opérations. ArcelorMittal Montréal opère des usines de transformation de l’acier à Contrecoeur, Longueuil et Montréal. L’entreprise compte, au Québec, près de 1500 employés dans la fabrication de l’acier, en plus des 2000 employés qu’AMM emploie pour l’extration et le bouletage du minerai.

Le gaz naturel est le combustible fossile le plus propre. Il émet moins de CO2, de soufre et d’oxydes d’azote que le mazout et significativement moins que le charbon. La majorité des besoins en combustible fossile d’AMM sont assurés par le gaz naturel [3]

(...)

(L’utilisation du gaz naturel dans la réduction du fer [4]) émet deux fois moins de CO2 par tonne que le procédé de Haut-Fourneau utilisant du charbon. C’est ce procédé qui, chez AMM, de loin, consomme le plus de gaz naturel [5]

La rentabilité de ce procédé est fortement dépendante du prix du gaz naturel. Par exemple, en 2001, le prix du gaz naturel a été si élevé que l’usine de réduction a dû être complètement fermée. Il est important de noter que l’approvisionnement en réduit de notre aciérie a alors été assuré par une usine localisée à Trinidad.

Tout le fer ou l’acier qui n’est pas produit localement sera produit de toute façon, que ce soit à Trinidad, en Chine ou au Brésil !

(...)

Il est important de noter que, pour la majorité des procédés industriels où le gaz naturel est utilisé, il n’existe pas de substitut dit « vert » : l’éolien et le solaire permettent de produire de l’électricité. Aucun des procédés majeurs décrits ci-haut (pour la fabrication des différents aciers) ne fonctionnent à l’électricité.

(...)

ArcelorMittal Montréal et le gaz naturel

AMM est un des plus importants utilisateurs de gaz naturel au Québec.

Le coût du gaz naturel

La facture de gaz naturel comprend deux composantes principales :

1- le coût de la molécule de gaz qui est extraite principalement des Prairies.
2- le transport du gaz à partir du producteur jusqu’à l’usine qui le consomme.

Les opérations de production d’acier de Contrecoeur, de Longueuil et de Montréal ont consommé en 2007, près de 400.000.000 m3 de gaz naturel. L’entreprise a payé plus de 125 millions de dollars pour le gaz naturel consommé en 2007 et environ 20% de ce coût était relié au transports. »

DM53 / ARCELORMITTAL. Mémoire, 11 novembre 2010, 6 pages.

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[1Rappel : les citations suivantes ne sont que des extraits donnés dans le désordre des documents mis à la disposition du public par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement ; nous vous invitons à aller les lire dans leur intégralité pour plus d’information.

[2ArcelorMittal a remis un rapport simplifié mais enrichis de photo ici

[3Selon un schéma fournit avec le texte, page 2, le gaz naturel représente 94% de la consommation d’énergie contre 6% pour le charbon et O% (sic) pour le mazout. Un autre schéma donne la répartition de l’utilisation du gaz naturel : 74% est utilisé dans les usines de réduction, 5% dans les aciéries et 24% dans les laminoirs

[4pour le débarrasser de son oxygène

[5voir note précédente


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Les gaz de schistes sont la nouvelle affaire du Québec qui hésite entre richesse naturelle à exploiter et risques environnementaux à ne pas subir. Certain n’ont cependant aucune hésitation. Ils sont déjà rangé du côté des pétroliers. La vidéo de Radio Canada associée à l’article est très pédagogique. A voir.

L’éolien au large se développe aux États-unis, notamment sur la côte Est. La signature de ce bail, pour l’implantation d’un parc éolien aux larges des côtes de la péninsule de Nantucket devrait accélérer le mouvement.