Verdir les toits de Montréal et du Québec
Quand l’agriculture urbaine du Québec s’industrialise

Le samedi 20 novembre 2010 par Asteur-Amérique

Si Détroit en rêve, Montréal le réalise et est en passe de devenir une ville sempervirante, soit toujours verte, en cultivant ses toits. La Babylone nord-américaine du XXIe siècle sera-t-elle Québécoise ?

Si beaucoup d’expériences sont souvent associatives, scientifiques ou socialisantes, communautaires ou expérimentales, les fermes Lufa voient les choses en grand, de façons industrielles et entendent être les gonfaloniers de l’agriculture urbaine de la ville en venant en aide, financièrement notamment, à tous les projets en cours.

Elles viennent d’inaugurer leur première ferme perchée sur le toit d’un immeuble : une serre de 31 000 pieds carrés, soit un peu moins de 3000 mètres carrés, situé au 1440, rue Antonio Barbeau. Cette ferme devrait pouvoir, à elle seule, fournir 2000 personnes. À peine nées, la chasse à d’autres toits, à Montréal ou Toronto, est déjà ouverte avec des surfaces recherchées plus grandes : 100 000 pieds carrés ; on ne lambine pas chez Lufa ! Le chien de chasse, c’est Google Earth.

L’objectif de ses fondateurs, tous entrepreneurs avec de sérieuses références et capables, visiblement, de cultiver aussi les levées des fonds, est d’offrir des fruits et des légumes sans les problèmes liés au transport et donc à l’emballage et à la vente. En bref, d’offrir des légumes vraiment frais aux urbains, à peine tombé du plant, mûr à point, et toute l’année. Pari un peu fou dans ce pays qui n’est pas un pays mais l’hiver incarné, comme disait le poète. L’autre avantage de la proximité tient dans le légume lui-même : plus besoin qu’il soit normalisé, calibré, résistant, tout cela pour lui permettre de subir, sans dommage, les effets du transport, vu qu’il ne voyage plus. Autre avantage encore, l’adaptabilité de la production à la consommation locale. Les fermes Lufa ciblent particulièrement les restaurants en leur offrant la possibilité d’offrir des produits hors normes, et très frais, à leur client.

Tout un art de vivre agrocitadin est en construction. Il peut transformer la ville. Les immeubles qui accueillent des fermes de ce type, outre l’aspect communication - vu que ce sont souvent des monstres de béton totalement inesthétique -, gagnent en isolation thermique. La serre fait office de bouclier lorsqu’il fait chaud [1], capte une partie de la chaleur perdue de l’immeuble lorsqu’il fait froid, recycle les eaux de pluie, etc. Pour la ville, les plantes captent une partie des émissions de CO² et surtout ne consomment plus le carbone nécessaire à leur transport et à leur réfrigération, par exemple. Le potentiel est énorme.

Comme le relève le Devoir, Le fondateur de Green Roofs for Healthy Cities, une association basée à Toronto qui regroupe l’industrie des toits verts de l’Amérique du Nord, estime qu’environ 10 % des toits des villes canadiennes peuvent accueillir un potager. « À Toronto, ça représente 500 millions de pieds carrés, dit Steven Peck. Ça donne une idée des opportunités. Ce sont des idées encore très nouvelles, émergentes, mais une serre comme ça aura beaucoup de bénéfices sociaux et économiques. »

Tout le miracle de cette ferme perchée tient dans le mode de culture utilisée. Pas question de monter des tonnes de terre sur les toits, ils n’y résisteraient pas. La culture des fruits et légumes se fera de façon hydroponique, c’est à dire, hors-sol. Les plantes poussent dans des substrats neutres (laine de roche, par exemple) et sont alimentés, via l’eau, en sels minéraux et nutriments nécessaire à leur développement optimal. Cette technique n’a rien de révolutionnaire, au contraire, elle est pratiquée dans toutes les serres du monde.

C’est là, peut-être, les limites du projet : le goût. Dans l’idée, on se rapproche des bonnes courges, tomates, haricots, salades et salsifis, dans le jardin, cueillis ; mais ces légumes et ces fruits, même s’ils sont de variétés plus traditionnelles - les fondateurs du projet assurent qu’ils ne cultiveront pas d’OGM -, même s’ils ne contiennent pas autant de pesticides, fongicides, et insecticides (autrement dit du pétrole) que les autres - les fermes s’engagent à produire le plus naturellement possible et à faire bosser les abeilles -, ne pourront jamais rivaliser avec ceux de la terre, des fruits et légumes qui ne sont pas « optimiser », mais à qui le terroir, alchimiste aléatoire, donne une sale gueule mais un goût sans pareil. C’est bien dommage, mais c’est comme cela et l’un ne chasse pas l’autre [2]. Il y aura toujours moyen de faire un petit saut à la campagne, en fin de semaine et en voiture électrique, pour cueillir des fruits et légumes à la ferme, les pieds dans la terre.

Source de l’illustration : Alimea, fruits corses issus de l’agriculture biologique. Culture de fraises hors-sol, technique qui sera employées dans les fermes Lufa. La critique d’Alimea sur ce sujet tient notamment dans le nombre de déchets que génèrent les serres pour cultures hors-sol.

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Auteur :

Renart Saint Vorles est un coureur des bois numériques nord-américains.

Notes :

[1Le climat étant continental, il peut faire très chaud à Montréal, l’été ; et le réchauffement climatique en cour ne va pas arranger le problème

[2D’ailleurs, les fermes Lufa prévoient de compléter leur panier de légumes avec des produits, notamment les racines (pommes de terres, etc.), venus des fermes biologiques du Québec. Quand on vous dis qu’il sont malins !


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