Les prix de l’essence à la pompe aux États-Unis et au Canada
Instantané et évolutions d’une croissance irrémédiable

Le mardi 3 avril 2012 par Asteur-Amérique
JPEG - 20.1 ko

Dire que le prix de l’essence à la pompe n’est pas cher aux États-Unis est un lieu commun. Seulement il vaut mieux, aujourd’hui, conjuguer au passé, car, dans ce domaine, les choses changent vite.

Les sites Thegasgame.com et Gasbuddy.com proposent des données statistiques et cartographiques très intéressantes et de long terme qui rendent compte précisément de la situation et de l’évolution des prix de l’essence à la pompe, comtés par comtés, aux États-Unis et au Canada.

Les prix sont donnés en dollars par gallon. Comme un gallon vaut 3,785411784 litres, soit un peu moins de quatre litres, il faut diviser les prix américains par quatre pour avoir, à la louche, l’équivalent du prix au litre, tel qu’il est généralement donné au Canada ou en France, par exemple. Pour se faire une idée juste, il faut évidemment aussi tenir compte des différences de taux de change entre les monnaies [1]

Géographie des prix de l’essence

La carte interactive des prix de l’essence montre avant tout qu’ils ne sont pas les même en fonction des endroits. En avril 2012, elle indique une variation de plus de 70 cents à l’échelle du territoire avec des prix allant de 3,56 dollars (ou moins) à 4,26 dollars (ou plus).

On peut distinguer trois grands groupes. D’abord, les états du Midwest, de l’Ouest et du Sud auxquels il faut ajouter ceux de la Nouvelle-Angleterre, connaissent des prix bas ou dans une moyenne basse. L’essence étant vraiment la moins chère dans le Wyoming et le Montana, voire dans l’Oklahoma, état de connexion des grands oléoducs. Dans le comté de Natrona, dans Wyoming, elle est à seulement 3,37 dollars le gallon.

Il faut rattacher à ce groupe, le New Jersey. De façon assez singulière par rapport aux états qui l’entourent, ses prix tournent autour de 3,70 dollars le gallon. Le Texas, les deux Dakota et la Caroline du Nord connaissent des prix plus élevés, autour de 3,80 dollars le gallon.

Ensuite, viennent les états des grands lacs et du Nord-Est. La Floride faisant un peu office d’état intermédiaire entre les deux groupes. Du Minnesota à l’état de New-York, à l’exception de l’Ohio, mais en ajoutant la Virginie occidentale, les prix de l’essence à la pompe se situent dans une moyenne haute, autour de 4 dollars le gallon.

Enfin, les états de la côte ouest, de l’état de Washington à la Californie, connaissent les prix les plus élevés : en moyenne, ils sont au dessus des 4,10 dollars le gallon. Dans les comtés urbains autour de Los Angeles et de San Francisco, il dépassent les 4,35 dollars.

................................................................................................................................

- The Gas Game propose également d’autres cartes interactives sur les infrastructures pétrolières nord-américaines comme les raffineries (voir ici) ou les oléoducs (voir là).

................................................................................................................................

Ces différences s’expliquent par l’offre et la demande. Les prix sont généralement plus élevés dans les comtés urbains que dans les comtés ruraux, dans les états les plus peuplés que dans ceux qui le sont moins. Mais ils s’expliquent aussi par les différences de taxes que les états appliquent sur les carburants.

Sur l’essence, la Californie, l’état de Washington et l’Oregon appliquent respectivement des taxes de 35,3 cents, 37,5 cents et 30 cents par gallons ; l’état de Washington appliquant le plus haute taxe de tous les États-Unis. À cela, il faut ajouter les « autres taxes » que peuvent appliquer soit les états, soit les comtés et qui peuvent, elles aussi, être très élevées. La Floride, par exemple, n’applique que 4 cents par gallons pour l’essence et le diesel, mais ces « autres taxes » s’élèvent à 30 cents par gallons sur les deux carburants. L’état de New York est dans le même veine. A contrario, le Wyoming n’appliquent que 10 cents par gallon sur les deux carburants et seulement 1 cents pour les « autres taxes ».

- Voir ici le tableau récapitulatif des taxes sur l’essence et le diesel aux États-Unis.

Évolution des prix de l’essence

Le plus intéressant, peut-être, de ces sites, ce sont les graphiques donnant les évolutions du prix de l’essence à moyen terme, soit sur les huit dernières années. On peut ainsi voir la vitesse à laquelle, depuis moins de dix ans, les prix de l’essence tendent à renchérir irrémédiablement.

Prenons les deux états les plus extrêmes, la Californie et le Wyoming, en les comparant à la moyenne générale américaine. Depuis 2004, la Californie est toujours largement au dessus de 30 cents en moyenne, tandis que le Wyoming est toujours en dessous à des degrés variables. Il l’est particulièrement depuis la mi-année 2011.

- Graphique des évolutions comparées du prix de l’essence en Californie, dans le Wyoming et aux États-Unis (voir ici).

En 2004, la moyenne nationale américaine et le Wyoming connaissaient des prix autour de 1,68 dollars le gallon. La Californie dépassait les deux dollars. Entre 2004 et 2008, la croissance des prix a été assez régulière. Le pic fut atteint au court de l’été 2008 à un peu plus de 3,93 dollars pour le Wyoming et la moyenne nationale tandis que la Californie culminait à 4,57 dollars le gallon.

La chute brutale des cours durant l’automne 2008, les a ramené plus bas que leur niveau de 2004. Californie et moyenne nationale tournaient, début 2009, autour de 1,68 dollars, tandis que le Wyoming descendait à 1,36 dollars le gallon.

En mars 2012, la moyenne nationale est à nouveau à 3,93 dollars le gallon, la Californie est à 4,25 et le Wyoming se distingue avec un prix du gallon autour de 3,3 dollars. Or, ces prix étaient à peu de chose près ceux du début de l’année 2011. Les haut prix de 2008 ont été regagné en deux ans seulement.

Si l’on prend trois grandes villes américaines, Chicago, New York et Los Angeles, la situation est évidemment identique : les prix y sont aussi élevés, voire plus élevés (Chicago) qu’au pic de 2008.

- Graphique des évolutions comparées du prix de l’essence à Chicago, New York et Los Angeles (voir ici)

Le Canada connait une évolution comparable mais les prix y sont plus élevés encore - exprimés en dollars américains - qu’aux États-Unis. Lors du pic de 2008, le gallon y avait atteint le prix de 5,56 dollars. En mars 2012, il est à nouveau à 4,98 dollars pour la Colombie-britannique, autour de 5 dollars pour la moyenne nationale canadienne, mais à 5,30 dollars pour le Québec.

- Graphique des évolutions comparées du prix de l’essence en Colombie-Britannique, au Québec et au Canada (voir ici)

L’Alberta connait logiquement des prix bien plus bas que la moyenne canadienne. Mais on peut constater sur le graphique suivant que les prix de l’essence dans la province sont toujours supérieurs à ceux de la moyenne usanienne.

- Graphique des évolutions comparées du prix de l’essence en Alberta, au Canada et aux États-Unis(voir ici)

Dialectique du pétrole et de la croissance économique

Au vue de ces courbes et compte tenu de l’évolution des prix dans les années passées, en tenant compte aussi que l’économie renoue avec la croissance et donc pousse les prix à la hausse, il est très probablement que les États-Unis et le Canada vont connaître très rapidement des prix de l’essence à la pompe qui vont dépasser les 5 dollars le gallon et probablement plus de 6 dollars en Californie ou au Québec, dans les grandes villes, etc., ... à moins qu’une crise économique ne vienne refaire chuter les cours !

Mathieu Auzanneau évoquait sur son blogue, il y a quelques semaines, l’idée d’une stase. Autrement dit d’une croissance économique qui, à chaque fois qu’elle repart, se heurte à l’augmentation, de plus en plus rapide, des prix du pétrole.

- Graphique des évolutions comparées du prix de l’essence aux États-Unis et au Canada, avec les cours du brut (voir ici)

Le point positif - pour le moment - et celui qui fait probablement tenir la croissance malgré le retour de prix élevés à la pompe, tient probablement dans l’évolution des prix du brut.

Au pic de 2008, il avait atteint 146,42 dollars le baril, mais surtout, le rapport entre les prix de l’essence et celui du brut s’était considérablement aggravé.

Effondré aux alentours des 30 dollars le baril au début de 2009, il n’est encore qu’à 100 dollars le baril environ en mars 2012, niveau qu’il a déjà atteint un an plus tôt. Seulement, les écarts restent avec les prix de l’essence restent raisonnables.

S’ils se maintiennent ainsi, l’économie devrait pouvoir tenir une certaine croissance, mais si le prix du brut repart à la hausse - il avait réussit à prendre 40 dollars en quelques mois en 2008 - et creuse à nouveau l’écart, la démonstration de la stase ne devrait pas se faire attendre.

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Le lundi 16 avril 2012 à 19h51
a clavit
Les prix de l’essence à la pompe aux États-Unis et au Canada

Petite anecdote (pas si lointaine !) : en 1998 au Texas, le gallon d’essence était à US$ 0.70. Bien moins cher qu’une canette de coca !
L

::::::::: A lire aussi :::::::::
Auteur :

Renart Saint Vorles est un coureur des bois numériques nord-américains.

Notes :

[11 Dollar américain vaut autour de 492,61 Francs CFA BCEAO en avril 2012 et autour 0,75096 euros à la même date. Le dollar canadien est à peu près à parité avec le dollar usanien.


Blogueville

Comme dans tous les pays où le nucléaire est présent, la centrale de Fukushima amène les Etats-unis à revoir la sécurité de leurs installationsnucléaires surtout en zone à risque sismique.

L’armée américaine s’équipe massivement de panneaux solaires pour ne plus avoir - ou le moins possible - à dépendre du fuel. Pour respecter la loi, elle devrait les acheter uniquement s’ils sont fabriqués aux États-unis, mais ce n’est pas toujours facile...

Le nouvel eldorado des poseurs d’éoliennes est au large des côtes, mais l’éolien de grand large pose des problèmes : il faut pouvoir ramener le courant...

Les carburants à base d’algues génétiquement modifiées sont une des voies de recherche pour le biocarburant. Mais attention aux marées vertes... dans le désert.

Les gaz de schistes sont la nouvelle affaire du Québec qui hésite entre richesse naturelle à exploiter et risques environnementaux à ne pas subir. Certain n’ont cependant aucune hésitation. Ils sont déjà rangé du côté des pétroliers. La vidéo de Radio Canada associée à l’article est très pédagogique. A voir.

L’éolien au large se développe aux États-unis, notamment sur la côte Est. La signature de ce bail, pour l’implantation d’un parc éolien aux larges des côtes de la péninsule de Nantucket devrait accélérer le mouvement.