Paul Lepage, l’histoire franco-américaine d’un enfant du Maine
Des rues de Lewiston à la candidature à la Maison Blaine

Le samedi 7 août 2010 par Asteur-Amérique

Comme son nom le laisse deviner, Paul LePage est un Franco-américain. Le premier né d’une famille de 18 enfants, pauvre, misérable même, et dont il s’est enfuis à 11 ans, préférant vivre dans les rues de Lewiston plutôt que de supporter un père abusif. À partir de là, tout ce qu’il a fait, il l’a fait tout seul, grâce à sa chance et à son courage. Il commence par être cireur de chaussures, puis serveur de café, puis déchargeur de camion, etc.

Avec l’aide de familles qui l’ont prises sous leurs ailes, il parvient cependant à intégrer le Husson Collège de Bangor et reprendre des études qu’il financera lui-même. Mais son intégration au collège n’a pas été simple. Le jeune garçon ne parlait pas la langue anglaise : il ne s’exprimait qu’en Français. Il avait été éduqué et vivait dans cette langue. Paul Lepage est né en 1948. La ville de Lewiston, comme toute la Nouvelle-Angleterre, avait connu un afflux massif d’immigrants franco-canadiens, dans les années 1870, qui avaient finis par former le « petit Canada » du centre-ville. Dans les années 40, le Français était encore largement parler dans la région [1]. Un ami réussit cependant à convaincre les autorités du collège. Il a pu passer les examens écrits dans sa langue natale et faire ainsi la preuve de ses capacités intellectuelles.

Au collège, il apprend l’anglais et devient l’éditeur du journal du collège, dit sa biographie officielle. Une façon de dire que le jeune homme s’intègre plutôt bien à la société usanienne anglophone. Paul LePage continuera ses études jusqu’à l’université. En 1975, il est diplômé d’un MBA de l’Université du Maine.

Ensuite, c’est l’histoire d’un homme d’affaire qui accède en 1996 à la direction générale de la chaine de magasin Marden’s Surplus and Salvage. Des magasins populaires où l’on trouve de tout. Depuis 1983, il dirige également sa propre affaire de conseils aux entreprises, LePage and Kasevitch. Il est donc très bien implanté dans les milieux industriels (bâtiments, bois, agroalimentaires, etc.), commerçants et financiers du Maine, mais pas seulement ; ces réseaux s’étendent naturellement dans toute la Nouvelle-Angleterre et au Canada.

Enfin, en 2003, il accède à la mairie de Waterville, la ville où il réside avec son épouse Ann et ses cinq enfants. Poste qu’il occupe toujours.

L’histoire de Paul LePage est donc celle très classique du self-made man.

Dyke Hendrickson, journaliste et observateur attentif de la communauté franco-américaine, se demandait dans un billet récent, si Paul LePage revendiquerait ses origines et jouerait « la carte franco-américaine ». Mike Michaud, élu représentant du Maine au Congrès des États-unis et le premier franco-américain de l’état ayant accédé à un siège fédéral, le fait, par exemple, très clairement. Mais il est démocrate. Les minorités, la sienne en premier lieu, font sens pour lui.

Paul LePage, en revanche, est républicain, plus sensible probablement à l’idée de l’exceptionalisme américain qu’à celle des droits des minorités. Pour sa campagne, il courtise le soutien des Tea parties locaux et s’appuie sur une plateforme électorale particulièrement conservatrice. Il est donc prévisible que Paul LePage ne joue pas la carte franco-américaine, ne revendique pas ses origines, du moins positivement, car cette histoire, son enfance, sa communauté d’origine sur laquelle les préjugés ne sont d’ordinaire pas favorables [2] sont probablement derrière lui.

En revanche, il sait les utiliser de façon négative, comme faire-valoir, sur un mode victimaire. Enfant, il a du s’arracher à ses origines pour réussir. Dans la course à la gouvernance, il a récemment accusé les Démocrates d’avoir utilisés ses origines et sa religion pour le disqualifier du poste de gouverneur. Il semble que Paul LePage est tout inventé et que les Démocrates n’ait jamais rien dit de tel [3]. Comment l’auraient-ils pu d’ailleurs, écrit le Bangor Daily News dans un éditorial, puisqu’un grand nombre d’élus de l’état du Maine sont non seulement Franco-américains mais aussi, la plupart, démocrates ? [4]

Cette stratégie sera-t-elle payante ? Paul LePage peut-il se faire élire contre sa propre communauté ? Impossible de le savoir à l’avance mais dans un état où la population franco-américaine, majoritairement démocrate depuis de longues années, représente 22% de la population, c’est une stratégie, a priori, risquée.

Paul LePage est en tête des sondages...

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Auteur :

Renart Saint Vorles est un coureur des bois numériques nord-américains.

Notes :

[1Le Français est encore parler par un peu moins d’un quart des habitants de la ville

[2 : Pour beaucoup d’Américains, les Franco-américains étaient ces gens bizarres, des immigrants venus du Canada, ouvriers pauvres, faisant beaucoup d’enfants, catholiques regroupés dans leurs villages ou leurs quartiers et autour des soutanes de leur curés et parlant une langue différente

[3Le blogue Franco-americans, News and Events, publié dans le Maine, recense toutes une série d’article de presse sur cette affaire et la candidature de Paul LePage plus généralement.

[4On peut se faire une idée de ce fait en consultant la page de la Chambre des représentants et celle du Sénat du Maine


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