Obama perd-il les écologistes ?

Le lundi 10 octobre 2011 par Asteur-Amérique

Dans son discours d’investiture Barack Obama avait déclaré : « Nous pourrons nous souvenir de ce jour et dire à nos enfants qu’alors (...) la montée des océans a commencé à décroître et la planète à guérir ». Raté !

Quatre ans après, sa politique environnementale n’a visiblement pas fait l’unanimité chez les écologistes, loin de là. Pour eux, malgré quelques succès facile [1] comme le relèvement des seuils de pollution des véhicules, elle n’a pas du tout été à la hauteur des espoirs et des ambitions de la campagne de 2008. À l’aube de celle de 2012, les fondateurs du mouvement 350.org, notamment, ne se privent pas de le dire.

Dans un article publié sur le Huffington Post, Jamie Henn, co-fondateur du mouvement et directeur de la communication invite les Américains à ne pas donner d’argent pour la campagne 2012 d’Obama tant que celui-ci n’aura pas respecté ses engagements de la précédente. Pour lui, Barack Obama n’a même pas été capable de tenir des promesses simples et qui ne dépendent que de lui. Par exemple, celle de poser des panneaux solaires sur le toit de la Maison blanche. Un an après la signature de l’accord, le toit est toujours vierge. L’opération avait pourtant le soutien d’une industrie prometteuse.

Sur le site Environnement 360 de l’Université de Yale, Bill McKidden, le fondateur de 350.org, intervient à son tour pour rappeler au président que les engagements de la campagne électorale n’ont pas été tenu et que les choses n’ont fait qu’empirer depuis quatre ans. Les conséquences du réchauffement climatique commencent à se faire sentir très fortement aux États-Unis (incendies et chaleurs records au Texas, hautes températures au Vermont, Ouragan Irène) et en Amérique du Nord (fontes massives des glaces dans le nord canadien, etc.).

Or, autre grief récent parmi d’autres plus anciens, Barack Obama n’a pas non plus été capable de faire passer des mesures plus restrictives sur les émissions de gaz à effet de serre et surtout les pollutions à l’ozone, responsables du smog et de milliers de mort par an selon l’Agence de protection de l’environnement. Dans un esprit de consensus, il a d’abord souhaité donner des garanties aux républicains en vue de la loi sur les objectifs négociés ; en 2009, il a relancé les projets nucléaires et les forages pétroliers au large ; en 2010, il a reculé à la suite de la marée noire dans le Golfe du Mexique et de l’accident nucléaire de Fukushima au Japon mais sans reprendre l’offensive ; la loi sur les objectifs négociés (cap-and-trade) a été depuis longtemps enterrée par le Sénat et il vient, en septembre dernier, d’abandonner - ou plus exactement de mettre en suspend jusqu’en 2013 - à la sauvette, une veille de jour férié, un projet de loi sur l’ozone ; il s’est rallié, de fait, à l’argument des républicains qui fustigent d’avance toute réglementation environnementale comme étant tueuse d’emploi. Un argument a priori imparable en temps de crise économique.

Un autre écologiste de renom, Robert Redford, avait alors fait part de son scepticisme grandissant à l’égard de la politique environnementale de Barack Obama : « Comme beaucoup d’autres, je commence à me demander où l’homme se situe ». Dans une tribune du Huffington Post, il a longuement répondu à l’argumentation économique, notamment la question des emplois :

« Vraiment ? Les compagnies américaines ne peuvent-elles donc plus embaucher des travailleurs à moins qu’elles ne soient autorisées à rendre notre air si sale qu’il rende les gens malades, leur fasse perdre leur travail, et mourir ? Cela n’a pas de sens. (...) Cela ne concerne pas les emplois ; c’est juste une question de profit. »

De fait, les mesures environnementales sont souvent bien plus créatrices d’emploi que le laissez-faire ; elles obligent les entreprises à investir, à moderniser leur équipements, donc à acheter et à embaucher. Comme le rappel le Washington Post, si la loi sur les objectifs négociés avait été voté, Solyndra, une entreprise de panneau solaire dans laquelle le gouvernement d’Obama avait pris des parts à hauteur de 500 millions n’aurait peut-être pas fait faillite ; tant que les entreprises ne seront pas contraintes d’investir dans le solaire ou d’autres formes d’énergie renouvelable ou d’économies d’énergie, elles ne le feront pas.

Au final, avec cette politique environnementale en dents de scie, volontariste en parole mais qui n’aboutit à peut de choses concrètes au regard des promesses de campagne, Barack Obama a donné l’impression aux environnementalistes d’être la cinquième roue du carrosse.

Keystone XL, la pierre d’achoppement

Toutes les frustrations accumulées depuis quatre ans se condensent asteur sur le projet Keystone XL ; un gigantesque oléoduc qui doit amener le pétrole brut extrait des sables bitumineux de l’Alberta vers les raffineries du Texas. La mobilisation contre ce projet est extrêmement forte dans leurs rangs. Au mois d’août dernier plus de 1200 personnes se sont faites arrêtées devant la Maison blanche dans une action pacifique de désobéissance civile. L’initiative a été reconduite il y a quelques jours à Ottawa et les environnementalistes viennent de rejoindre les manifestants qui occupent Wall Street : une nouvelle tribune bien plus puissante encore pour leurs revendications.

L’oléoduc Keystone XL est un projet transfrontalier. Barack Obama et Hillary Clinton [2] ont donc tous pouvoirs pour l’interdire ou l’autoriser. Leur décision sur ce dossier est attendue à la fin de l’année et sera sûrement décisive du soutien ou non des environnementalistes lors de la campagne présidentielle.

Or, dans cette affaire, Hillary Clinton et Barack Obama ont déjà perdu des points. Ils ont utilisés des méthodes que Bush et surtout Dick Cheney - les bêtes noires des environnementalistes - n’auraient pas renié : les négociations entre le Département d’état, celui d’Hillary Clinton, et la compagnie Transcanada, maître d’œuvre de l’oléoduc, se sont faites en secret et n’ont été révélées que grâce à la diffusion de courriels par l’organisation des Amis de la terre.

Pire, Bill McKidden, dans une tribune au New York Times, cette fois, dénonce le copinage entre les acteurs des négociations. Un homme surtout est en cause : Paul Elliott, le directeur des opérations de lobbying de Transcanada à Washington et ancien directeur de campagne d’Hillary Clinton pour la présidentielle de 2008 !

Dans la même veine, le Département d’état a mené une étude d’évaluation des risques environnementaux du projet Keystone XL et des auditions publiques en faisant appel à une compagnie texane, Cardno Entrix, qui a parmi ses principaux clients... Transcanada ! De façon un peu attendue, le rapport de Cardno Entrix précisait que le projet Keystone XL aurait « de faibles conséquences dommageables pour l’environnement ».

Comme le rappel le New York Times, la compagnie a cependant presque passé sous silence, dans son rapport, la catastrophe de la rivière Kalamazoo, survenue en juillet 2010 dans le Michigan après la rupture d’un oléoduc d’une autre compagnie canadienne Enbridge Energy. Une « rivière noire » qui continue de poser d’énormes problèmes environnementaux et qui a coûté plus de 500 millions de dollars d’opérations de nettoyage. Or, Cardno Entrix est l’un des prestataires de services auprès d’Enbridge Energy pour ces opérations de nettoyage...

Les collusions d’intérêts et les copinages, ce n’est pas pour cela que les environnementalistes, ni d’ailleurs la plupart des électeurs de Barack Obama, ont voté en 2008. Ils voulaient de l’action, du changement et ils ne l’ont toujours pas eu. La fronde gronde dans les rangs des défenseurs de l’environnement.

« Soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien » chantait le groupe Noir désir. Barack Obama peut continuer de jouer cette carte et espérer gagner à nouveaux les élections de 2012 avec, bon gré mal gré, les voix des environnementalistes, même déçus, même démotivés, traînant les pieds. Il n’est pas sûr en effet que ces défections en paroles soient suivis d’effets électoraux ; les environnementalistes ne sont très certainement pas prêt à voir arriver Rick Perry, Michele Bachmann ou un autre républicain à la Maison blanche dont les politiques environnementales seront bien plus laxistes et bien plus favorables encore aux grandes industries de l’énergie. Rick Perry, par exemple, est en guerre depuis plusieurs années avec l’EPA, l’Agence de protection de l’environnement et a déclaré vouloir la supprimer (ou mettre à sa tête des personnes favorables au monde des affaires, ce qui revient au même). En clair, les environnementalistes sont coincés. Ils ont le choix entre le pire et le moins pire.

Une telle stratégie est cependant risquée pour le président-candidat. Les environnementalistes sont des gens motivés, actifs, activistes. Ils avaient su mobiliser les donateurs et les électeurs en 2008. Or, Barack Obama va se présenter à l’élection avec un chômage à plus de 9%, soit une énorme épine dans le pied dans la course à la présidence. Il va devoir affronter la vague de mécontentement, bien plus grande encore, de ceux qui ne sont pas du tout satisfait de son bilan économique. Dans ces conditions, partir en campagne avec une partie de ses troupes démotivées n’est peut-être pas une bonne idée. Pour les remotiver, il devra faire plus que des promesses ou visiter des usines d’éoliennes ou de panneaux solaires. Un veto sur le projet Keystone XL pourrait être un bon début.

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Source de l’illustration : Tar Sand Action - Militer contre les sables bitumineux. Traduction : « Laissons émerger la génération qui libérera l’Amérique de la tyrannie du pétrole » Citation extraite du discours d’annonce de candidature de Barack Obama aux élections présidentielles de 2008 - le 10 février 2007 à Springfield - Illinois

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Auteur :

Renart Saint Vorles est un coureur des bois numériques nord-américains.

Notes :

[1Parce que l’aide gouvernementale aux fabricants à mis toute cette industrie dans les mains du gouvernement fédéral

[2Hillary Clinton est secrétaire d’état, autrement dit ministre des Affaires étrangères


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