Le Québec cultive ses villes et ses banlieues
Les cent turions de l’agriculture urbaine envahissent Montréal

Le lundi 23 août 2010 par Asteur-Amérique

La Terre de chez nous, le journal des agriculteurs et forestiers du Québec ne s’en inquiète pas trop, car les volumes de production resteront longtemps minimes et ne feront pas de concurrence aux « vrais » agriculteurs qui roulent les mécaniques ; néanmoins, elle suit le sujet de très près : en ce début de mois d’août, l’agriculture urbaine à le vent dans les voiles au Québec.

Du 2 au 6 août 2010, le pavillon des sciences de l’Université du Québec à Montréal accueillait 5 jours de conférences sur le sujet simplement intitulé « Terre en ville » avec comme thème principal « cultiver une ville verte et nourricière ». La devise, à un poil de carotte près, de son organisateur, le CRAPAUD ou Collectif de recherche sur l’aménagement paysager et l’agriculture urbaine durable.

Car l’agriculture urbaine est une chose bien plus sérieuse qu’on ne le pense ; pas uniquement l’affaire de la première dame des voisins du sud. Les universités du Québec [1] ont donc mis sur pied des programmes d’études spécialisés. Le Crapaud est l’un d’eux.

Mais sa démarche va plus loin et dépasse le strict cadre universitaire. Elle est aussi militante. Le Crapaud s’appuie sur un réseau de réflexion et de partage et intervient sur le champs politique. Durant ces quelques jours de conférences, les partis politiques de la ville ont été invité, au cours d’un forum, à répondre aux citoyens sur leurs orientations concernant l’agriculture urbaine . La mobilisation des habitants est un axe fort du Crapaud, pour des causes parfois étonnantes à première vue.

Sa campagne de l’été, Ma poule à Montréal, vise à la réintroduction des poules et des poulaillers dans la ville. L’oiseau des basse-cours est un symbole d’un bout d’indépendance alimentaire retrouvée. Plus besoin d’aller chez le marchand pour avoir un produit de base : les œufs frais. Avoir des poules est aussi une bonne manière d’appréhender le retour à une forme d’agriculture domestique : les poules mangent les restes des repas du foyer et leurs déjections sont un bon fertilisant naturel pour un petit jardin. Selon Marie-Claude Lortie, les gallinacées reviennent de façon interlope dans les jardins, sur les terrasses ou les toits de Montréal. Les poulaillers sont de grand style, dessinés par des architectes. On sélectionne certaines variétés de poules, il en existe des douzaines [2] parce qu’elles sont plus chic que d’autres. Car, le marché est là. Les poules ne reviennent pas seulement à Montréal - où 2000 personnes ont très vite signées la pétition -, mais dans de nombreuses grandes villes d’Amérique du Nord.

Renaissance des jardins, renaissance des poulaillers, la ville renoue avec son histoire agricole. Le temps de la ville propre, moderne et aseptisée, gallinophobe, semble de plus en plus lointain. De fait, le regard de la ville sur elle-même change, plutôt que la ville elle-même. La prise en compte des problèmes environnementaux obligent les politiques à mettre en valeur les projets dit durables, pour dire qu’il ne s’agît plus d’une exploitation néolibérale à outrance, par le bétonnage, des espaces et des territoires mais de leur usage normal. Cependant, comme le souligne La Terre de chez nous, depuis 1986, sur l’île de Montréal, il existe un programme des jardins communautaires qui regroupe près de 9800 parcelles de terrains cultivées par près de 12 à 15 000 personnes. L’agriculture n’avait donc pas complètement disparue, même si elle reste fragile.

La ville gagne du terrain. L’enjeu aujourd’hui est de maintenir les parcelles agricoles dans les zones péri-urbaines, menacées par l’extension des banlieues et des zones pavillonnaires, voire de leur faire regagner du terrain dans le centre-ville. Pas obligatoirement par des opérations de destruction, l’agriculture urbaine se fait inventive. Les plantes poussent dans des bacs qui peuvent être de vieilles baignoires recyclées ou des tonneaux en plastique d’huile alimentaire coupés en deux. Elle gagne les toits. Chose peu simple car les problèmes de poids, la terre pèse lourd, et d’humidité, peuvent endommager les bâtiments. Malgré tout, l’Université du Québec à Montréal et l’Université McGill, l’ITHQ, l’École nationale d’administration publique (ENAP) sont des exemples qui ont subi une cure verte. La géographie des parcelles agricoles urbaines est celle d’un archipel mouvant, fragile, mais probablement doué d’une forte résilience. Il suffit d’un pied de tomate dans un pot pour commencer un jardin.

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Montréal : l’agriculture urbaine, nourrir et verdir la ville ? produit par Alter-Echos et diffusé sur Vimeo.

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La ville de Montréal compte aussi sur les bienfaits sociaux de l’agriculture urbaine. Le jardinage est une activité gratifiante et concrète, calme et reposante. L’effort est sain. Il permet une certaine reconstruction individuelle et pas seulement pour des individus en décrochage social ou intérieur. (...) Au-delà de donner la possibilité à des gens de mieux se nourrir, écrit la Terre de chez nous, M. Rousseau souligne que le jardinage est une forme de thérapie qui augmente leur estime. « Le jardinage, ça rend les gens heureux de vivre. Ils plantent des semences et voient au bout du compte des résultats concrets. Ils sont heureux parce qu’ils arrivent à créer quelque chose. J’ai des exemples de participants qui ont réduit de 50 % leur médicament pour la dépression, j’appelle cela de l’hortithérapie. »
Par ailleurs, le jardinage favorise la discussion, le partage, l’entraide et au final, la cohésion sociale dans les quartiers et les communautés. Pour une ville soumise aux contraintes d’une forte immigration et de fortes tensions communautaristes, l’outil mérite d’être essayé. Il a un avantage : la terre parle à tout le monde, et les immigrants qui jardinent apprendraient plus rapidement le français.

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Le Centre d’écologie sociale développe ainsi les liens qui existent ou qui devraient exister entre écologie et démocratie

Le Centre d’Ecologie Urbaine de Montréal, fruit des luttes urbaines. produit par Alter-Echos et diffusé sur Vimeo.

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La Terre de chez nous a donc un bel avenir. Les agriculteurs amateurs croissant et se multipliant rapidement. Au Québec, finalement, tout le monde rêve, la nuit, d’avoir son petit lopin de terre.

Source de l’illustration : Aménagement d’un toit de Lauberivière par les urbainculteurs. Cette association offre de nombreuses photographies des toits jardins, des terrasses plantées, et du verdissement de Montréal.

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Auteur :

Renart Saint Vorles est un coureur des bois numériques nord-américains.

Notes :

[1En France, l’agriculture urbaine est étudiée, entre autre, par l’École nationale supérieure du paysage de Versailles. Un dossier de l’Inra sur l’agriculture urbaine, non mis à jour depuis la fin des années 90, est disponible ici. Ailleurs au Canada, l’Université Ryerson, à Toronto, en Ontario, se penche aussi sur la question, notamment l’inclusion de l’agriculture urbaine dans les programmes d’aménagements urbains (pdf en anglais)

[2Wikipédia ne donne cependant qu’une race de poule pour le Canada,La Chantecler, une poule québécoise résistante aux froids hivers. Les États-unis sont mieux dotés. La Plymouth Rock notamment a un style très couture, côte Est, quand le coq de la Brahma perdrix-doré est plutôt Vegas et bling-bling...)


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