L’obésité, une menace pour l’Amérique ?

Le mercredi 20 juillet 2011 par Asteur-Amérique

Les États-Unis sont le pays des gens gros. C’est connu, c’est cliché. Sauf que... ce n’est plus un cliché. Le problème devient général et menacerait l’avenir du pays. Du moins, c’est en ces termes forts que s’alarme le Trust for America’s Health (le groupe pour la santé américaine) en titre de sa nouvelle étude annuelle sur le sujet : F as in Fat, How Obesity Threatens America’s Future 2011 (G comme être gros : comment l’obésité menace l’avenir de l’Amérique 2011)

L’Amérique prend du ventre

Il faut dire que les chiffres sont préoccupants. En 2010, plus des deux tiers, 68%, de la population adulte usanienne sont en sur-poids ou obèses, soit 190 millions de personnes sur une population totale d’un peu plus de 300 millions d’Américains. Les « maigres » ou les « normaux » aux États-Unis sont, désormais, une minorité.

Mais la situation évolue rapidement et surtout s’aggrave . On peut donner quelques repaires. L’obésité infantile, par exemple, a triplé depuis 1980, mais elle n’était encore que de 12% en 2001 Aujourd’hui, un tiers des enfants et des adolescents est dans cette situation. En 2001, toujours, l’obésité et le sur-poids concernait déjà 61% des adultes.

Il y a 20 ans, aucun état n’avait des taux d’obésité au-dessus de 15%. Le plus haut taux combiné d’obésité et de sur-poids était de 49%. Dans les 15 dernières années, où les données sont plus précises et plus générales, 38 états ont « presque » doublé, dont sept ont réellement doublé, leur part de population en sur-poids ou obèse. [1] En 1995, 27 états avaient des taux d’obésité inférieurs à 15% et aucun ne dépassait les 20%. En 2010, 39 sont au-dessus des 25%. 12 sont aujourd’hui au dessus des 30% contre quatre seulement en 2008. Cette croissance est donc marquée par le fait que les états qui ont les taux les plus bas en 2010 ont des taux plus élevés que les états les plus touchés par l’obésité et le sur-poids en 1995. En 2010, le Colorado a le taux le plus bas avec 19,8%. En 1995, le Mississippi avait le taux le plus haut avec 19,4%. Et les choses s’accélèrent, mais tout le monde ne va pas à la même vîtesse.

Qui est gros ?

L’obésité et le sur-poids ne sont pas répartie de manière uniforme aux États-unis. Il existe de très fortes inégalités géographiques, sociales ou raciales. Les trois étant souvent intimement reliées.

L’obésité frappe surtout le sud du pays et, principalement, les états du Sud profond : Alabama, Arkansas, Kentucky, Louisiane, Mississippi, Oklahoma, Caroline du Sud, Tennessee, Texas et la Virginie occidentale. C’est là que les taux dépassent les 30%. Le seul état du peloton de tête qui ne soit pas du Sud est le Michigan [2]. Plus largement, les états où les taux d’obésité sont élevés courent sur une large bande entre Texas et Michigan. Elle inclue des états du Sud et du Sud profond aux états des vieilles industries (Rust belt) en passant par les états miniers des Appalaches. Des régions qui cumulent toutes, pour des raisons différentes, de forts problèmes économiques et sociaux.

Les états les moins touchés sont ceux de la Nouvelle-Angleterre et dans l’Ouest. Mais là encore, ces différences ne sont plus aussi marquées aujourd’hui (2008-2010) que dans la période précédente (1998-2008). Le Maine et le New-Hampshire, par exemple, ont vu leur taux d’obésité s’aggraver. À l’Ouest, seuls quelques états se distinguent désormais (Californie, Utah, Montana). Le Colorado est un cas à part à l’échelle du pays car il est le seul à avoir un taux inférieur à 20%. Ces états se classent plus ou moins parmi les plus riches, surtout ceux de la Nouvelle-Angleterre, car le lien entre pauvreté et obésité est très fort et se retrouve tant au niveau des états que des individus.

L’état le plus pauvre, le Mississippi, est aussi celui qui enregistre les plus hauts taux d’obésité et de sur-poids. Socialement, les gens qui ont les revenus les plus élevés ou ceux qui ont fait le plus d’études ont tendance à avoir les taux d’obésités les plus bas, et inversement. À moins de 15 000 dollars de revenus annuels, les taux sont les plus élevés – 33,8% –, mais à plus de 50 000 dollars par an, les taux sont les plus bas – 24,6%. De même, l’obésité est de 32,8% chez ceux qui n’ont pas fait d’études secondaires, trandis qu’il tombe à 21,5% pour les catégories diplômées du supérieur.

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L’Amérique pauvre

Cette carte interactive montre les différences de richesse entre les comtés. Les comtés les plus riches sont en mauve pale et les plus pauvres en rouge foncé. Elle est à comparer avec les cartes de l’obésité et du diabète ci-dessous.

Source : Mint.com


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Des différences géographiques et sociales qui se recoupent souvent avec les différences raciales, telles que les statistiques usaniennes les mettent en valeur. Comme l’Atlas alimentaire des États-Unis avait déjà tendance à le montrer, il existe bien deux Amériques en terme d’alimentation. Une Amérique majoritairement blanche où les taux d’obésité reste assez bas et une Amérique plutôt noire ou latino où les taux croient rapidement. Dans 41 états et à Washington, la population noire à des taux d’obésité supérieurs ou égaux à 30%. Dans 14 états, mais ils n’était que neuf il y a un an, ce taux passe à 40%. Pour les Noirs, la situation se dégrade donc rapidement.

Les Latinos sont à peu près dans le même cas, même si leur situation est moins accentuée. Leurs taux d’obésité ne sont supérieurs ou égaux à 30% que dans 23 états. Mais la différence avec la population blanche est nette. L’obésité des Blancs n’est supérieure à 30% que dans quatre états : Kentucky, Mississippi, Tennessee et la Virginie occidentale. Autrement dit dans les états pauvres du Sud profond et dans les états pauvres et très enclavés des Appalaches. Cependant, là encore, elle n’en comptait qu’un seul il y a un an.

La crise économique fait son œuvre dans tous les groupes raciaux et elle affecte bien évidemment les plus pauvres en premier lieu, quelque soit leur couleur de peau. Sauf que la pauvreté frappe d’abord les gens de couleurs (Noirs, Hispaniques, Amérindiens,...)

De lourdes conséquences économiques...

Évidemment être gros n’est pas une tare, mais être en sur-poids, et, a fortiori, obèse, est un handicap.

Quand le phénomène devient majoritaire - les auteurs du rapport parlent d’épidémie - c’est toute la société qui se trouve handicapée. Les États-Unis sont dans ce cas là aujourd’hui et c’est probablement une première dans l’histoire de l’Humanité. Jamais auparavant l’obésité et le surpoids n’avaient été un problème aussi généralisé.

Les premiers à s’alarmer sont les militaires et tous les autres corps de protection civile comme les pompiers ou les policiers. Ces emplois demandent une certaine condition physique, voire de grandes capacités physiques, qui ne sont plus atteintes par les recrues. Un tiers des 17-24 ans sont trop gros pour entrer dans l’armée. Mais tous les militaires en activité ne sont pas maigres, loin de là : les deux tiers du personnel actif des armées – qui emploient 1,5 million de personnes au total - sont en sur-poids. 12% sont obèses.

Les pompiers sont dans le même cas : la moitié des 1,1 million de pompiers est en sur-poids. Un petit tiers est obèse. Chez les policiers les chiffres ne sont pas donnés, mais l’étude rapporte que de plus en plus de candidats échouent aux épreuves sportives des examens de recrutements.

À des degrés divers, toute l’économie est touchée par le problème. La perte de productivité lié à l’obésité coûterait, chaque année, plus de 73 milliards de dollars aux entreprises. Mais surtout, L’obésité et le sur-poids traînent dans leur sillage toute une série de maladies ou de déficiences physiques, plus d’une vingtaine selon le rapport. Les obèses deviennent une population à risque et les investisseurs n’aiment pas ça. De de façon plus générale, le coût social de l’obésité croît pour l’ensemble des États-Unis.

... et sociales

Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies estiment l’obésité responsable de 110 000 décès par an et de soins médicaux induits supérieurs à 150 milliards de dollars. Or, comme certaines maladies liées augmentent naturellement avec la part croissante de l’obésité, les coûts risquent d’augmenter... dans une Amérique déjà très en difficulté avec sa dette.

Le diabète et l’hypertension sont les plus symptomatiques de cette évolution car les liens avec l’obésité sont directs. Sur les 10 états ayant les plus forts taux d’obésité, 8 comptent les pourcentages les plus élevés d’hypertension, c’est à dire au delà de 30% de la population [3]. Tous sont dans le Sud.

L’hypertension, à son tour, serait un des facteurs des accidents vasculaires cérébraux (AVC). Or, la zone des accidents vasculaires cérébraux (stroke belt) est aussi dans le Sud et, logiquement, la communauté noire est la plus atteinte.

Le diabète de type 2, lui, est si lié à l’obésité que les américains emploient le terme de diabete belt, la ceinture du diabète, voire de « diabésité », pour décrire une large zone géographique où les taux d’obésité et de diabète sont les plus élevés.

Elle concerne 644 comtés, tous situés dans le Sud, entre la Louisiane et la Georgie. Au nord, cette zone remonte jusque dans les états pauvres des Appalaches à la limite de la Pennsylvanie. Sans surprise, la caractéristique première de ces comtés est une typologie raciale particulière : les communautés noires sont importantes ou majoritaires. Pauvreté, obésité, diabète, constituent les trois ingrédients d’un cercle vicieux sanitaire qui touchent particulièrement le Sud et les communautés noires.

Le lien entre pauvreté, obésité et diabète se confirme, heureusement ou malheureusement, ailleurs, dans d’autres communautés, comme le montre les cartes des Centres de contrôle et de prévention des maladies. Les comtés de l’Ouest où l’obésité et le diabète sont élevés correspondent souvent à des réserves amérindiennes touchées par les mêmes problèmes de pauvreté (Est de l’Oklahoma, Centre du Dakota du Sud et Est de l’Arizona). Il en va de même pour des états comme le Kentucky, la Virginie-occidentale ou bien encore les comtés du Nord du Maine qui sont tous majoritairement blancs mais pauvres, souvent enclavés et en perte de vitesse économique. Logiquement les taux d’obésité et de diabète y sont aussi élevés.

L’obésité américaine, si répandue dans la population, n’est, à ce niveau, plus une maladie. C’est, d’une part, le résultat paradoxal d’une paupérisation grandissante de la population au cours des dix à quinze dernière années. Mais c’est aussi et surtout le résultat d’un mode de vie. Milkshake et automobiles, coca et pizza, l’American way of life rend gros. Pour maigrir, l’Amérique va devoir changer de chemin... et le parcourir à pied ou à bicyclette.

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Le lundi 23 janvier 2012 à 22h10
Nicolas a clavit
L’obésité, une menace pour l’Amérique ?

Le problème de l’obésité, que cela soit aux Etats-Unis ou même en France d’ailleurs est un problème qui est mal abordé. Même la minceur est abordée de manière purement esthétique et bien souvent les personnes obèses sont des personnes fatalistes qui après plusieurs tentatives de régimes ratées se résignent à être « grosses », à ne pas être dans la norme.

Les nutritionnistes mettent de plus en plus en avant le fait que le plus important ne sont pas les moyens mis en oeuvre pour maigrir mais bel et bien les motivations. Le « pourquoi » est donc plus important que le « comment » et pourra même faire oublier la difficulté du régime et la difficulté des étapes à franchir pour maigrir correctement et surtout à long terme.

Un début de réponse peut être lu ici : http://www.lipocavitation.fr/maigrir.html

Bien à vous,

Nicolas

Le mercredi 25 janvier 2012 à 02h45
Renart Saint-Vorles a clavit
L’obésité, une menace pour l’Amérique ?

Les motivations effectivement sont importantes. C’est peut-être ce qui explique que les riches ou les personnes très diplômées soient de façon générales plus minces. Elles ont une « motivation » sociale à l’être que n’ont pas forcément les plus pauvres. Pour cette raison, il existe au États-Unis des concours collectifs d’amincissement : pompiers contre policiers par exemple.
Ceci dit quand plus des deux tiers d’une population, comme c’est le cas aux États-Unis, est en surpoids ou obèse, c’est qu’il y a des facteurs multiples qui interviennent (environnement, alimentation, cadre de vie, transport, etc.) et pas uniquement celui de la motivation.

Le dimanche 5 février 2012 à 19h08
WOLF44000 a clavit
L’obésité, une menace pour l’Amérique ?

leurs seul chance la nourriture « TERROIR »ce pays est entrain de mourir dans sa graisse .

Le lundi 6 février 2012 à 03h14
Renart Saint-Vorles a clavit
L’obésité, une menace pour l’Amérique ?

C’est vrai et les Américains ont très bien compris qu’ils devaient changer de mode alimentaire et donc de production. L’obésité ainsi que les maladies et les handicaps qui lui sont liés, surtout chez les jeunes, jouent un rôle important dans cette évolution. C’est le combat que mène notamment Michèle Obama.

Voir ici : http://www.asteur-amerique.org/?Mon-jardin-en-Amerique

Il existe aussi un mouvement de fond en faveur des marchés fermiers et, plus généralement, vers le retour à une agriculture relocalisée. La notion de terroir n’est pas absente du débat, bien au contraire.

Voir ici : http://www.asteur-amerique.org/?L-Amerique-et-la-revolution-locale

En bref, de ce point de vue là, l’Amérique n’est pas statique. Bon gré, mal gré, elle change.

Source de l’illustration

Traduction : pancarte (salle d’attente des menaces globales ) | oiseau (grippe aviaire) | cheminée (réchauffement climatique)

::::::::: A lire aussi :::::::::
Auteur :

Renart Saint Vorles est un coureur des bois numériques nord-américains.

Notes :

[1sept états ont doublé leur taux d’obésité, plus de 10 autres l’ont presque doublé avec près de 90% d’augmentation. 21 autres ont des taux de croissance sur la période de près de 80%.

[334,8% pour le Mississippi


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