L’Histoire bataille au Texas
Quand les Texans font et défont l’histoire des Etats-Unis

Le mardi 20 avril 2010 par Asteur-Amérique

La manière dont on écrit l’histoire est extrêmement importante dans la construction des identités collectives et nationales. C’est un acte politique. L’enseignement de l’histoire - et des humanités en général - est donc éminemment politique puisqu’à la charnière, en quelque sorte, entre la théorie et la pratique.

L’exemple contemporain vient du Texas où la Commission d’état pour l’éducation - qui est chargée de la définition des programmes - entend réécrire l’histoire des États-unis selon les principes des conservateurs en général et des fondamentalistes chrétiens en particulier. Elle vient d’apporter une centaine de modifications dans ce sens au projet conçu en 2009 par un groupe d’étude composée d’enseignants et d’universitaires.

Ce qui ce fait au Texas raisonne aux États-Unis.

L’enjeu est de taille car la révision des savoirs élémentaires demandés lors des examens, et donc des programmes et des contenus des livres scolaires n’a lieu que tous les dix ans. Ce qui sera adopté le 12 mai prochain fera ainsi référence jusqu’en 2020. [1]

La cheville ouvrière de ce mouvement - et la bête noire des opposants démocrates - est l’ex-président de la Commission, John Donald « Don » McLeroy qui a tout misé sur l’éducation pour diffuser ses idées, et depuis longtemps. Dentiste de profession dans la petite ville texane de Bryan, qui jouxte celle de College Station - il vit donc au cœur du campus de l’Université A&M, entouré de milliers d’étudiants - il entre à la Commission en 1998 et occupe le siège de président de 2007 à 2009 grâce à sa nomination par le gouverneur républicain Rick Perry.

Mais ses orientations confessionnelles sont plus déterminantes et plus éclairantes. Chrétien fondamentaliste, de confession baptiste, il est l’un des partisans les plus actifs du créationnisme et de la lutte contre la théorie de l’évolution. Comme il se qualifie lui-même de religieux fanatique, il a aussi le bon goût d’être créationniste au sein de la tendance la plus radicale du mouvement : le créationnisme jeune-terre qui prêche pour une lecture de la bible au pied de la lettre. Pas questions pour lui de déroger au fait que la terre a été crée en 6 jours, il y a environ 6000 ans, et les deux premiers humains sont Adam et Eve. L’évolution est un mythe.

S’il s’était contenté d’enseigner cette théorie aux sein d’une église de Bryan son action n’aurait eu, finalement, qu’une portée limitée. En investissant la Commission de l’éducation du Texas, en parvenant à modifier les programmes texans, elle prend une toute autre dimension : il compte agir à l’échelle usanienne.

Le mécanisme à faire jouer est simple. Le Texas étant l’un des poids lourds du marché de l’éducation aux États-unis, avec 4,7 millions de high schoolers - l’équivalent des lycéens français - les éditeurs de manuels scolaires les publient prioritairement pour les classes texanes, tout en comptant par la suite sur une diffusion nationale. Toute modification des programmes texans est donc répercutée de facto dans un grand nombre de classes à l’échelle du pays.

Un autre élément renforce l’influence du Texas au niveau national. Aux États-unis les programmes sont choisis soit à l’échelon de l’État, soit à l’échelon des comtés. Le Texas faisant parti des premiers, éditer un manuel scolaire adopté par la Commission du Texas a toutes les chances d’être une opération rentable. Les programmes texans sont donc suivis de très près par les maisons d’éditions.

Il faut cependant faire diligence, car les nouvelles technologies révolutionnent le monde de l’édition. Aujourd’hui, il est de plus en plus facile pour les éditeurs de tirer des petites séries et de modifier un livre à la demande, à la manière des éditions locales des journaux. Adapter les contenus des livres d’histoire aux contraintes des États ou comtés ne sera bientôt plus une gros souci. Conclusion, le mécanisme de répercussion des décisions texanes sur l’ensemble des États-unis risque de s’essouffler. Mais le mythe - et vraisemblablement la réalité aussi pour encore un petit peu de temps - persiste et pour un prosélyte comme Don McLeroy, membre de Gideons international dont l’activité principale consiste à semer des bibles dans les hôtels et les motels du monde entier, mythe - et il s’y connait en mythe - ou réalité, le jeu, en vaut la chandelle.

N’étant plus président depuis 2009, sa reconduction par le même gouverneur n’ayant pas reçu l’aval du Sénat, il n’en reste pas moins l’un des membres les plus actifs : il inonde la commission d’amendements. Aider par les autres membres conservateurs, majoritaires au sein de la commission - sur les 15 membres élus, les deux tiers sont Républicains - ils espèrent que leurs modifications rétabliront la balance qui penche depuis trop longtemps dans le sens d’une vision « gauchiste » de l’histoire et des humanités.

Rétablir l’idéal historique des conservateurs.

Pour rétablir la balance, pour contrer le « détournement » de l’histoire par les pirates libéraux, les changements se font par petites touches, par petits ajouts, substitutions ou disparitions, parfois presque imperceptibles mais parfois aussi très osés.

Substitution : la Révolution industrielle ne voit plus l’émergence du capitalisme, mais de la libre-entreprise. Les deux termes sont équivalents, mais l’un est beaucoup moins connoté que l’autre. De même, le développement de la puissance américaine entre le fin du XIXe siècle et la guerre de 14-18, les actions des États-unis en Amérique centrale durant tout le XXe siècle, etc., ne sont plus considérés comme de l’impérialisme mais de l’expansionnisme. Là encore, il y a une certaine équivalence des termes, mais le second est beaucoup moins négatif que le premier. C’est une première façon de réécrire une histoire plus positive de la nation.

Un autre moyen de rééquilibrer les faces sombres de l’histoire usanienne, mais sans les nier, consiste à mettre en valeur les faces sombres chez les autres. Un exemple : pendant la seconde guerre mondiale, les Américains regroupent les citoyens d’origine japonaise dans des camps de concentration - et non d’extermination - afin qu’ils ne soient plus une menace interne. Les Canadiens, au passage, firent la même chose. L’Amérique n’était pas très sûr de leur patriotisme. A la fin de la guerre, les bombes inutiles - le Japon était déjà exsangue - d’Hiroschima et de Nagasaki portent l’horreur et la mort industrielle et technologique à son paroxysme. Cette violence américaine est difficile à exclure des programmes, mais un amendement de McLeroy vise à faire ressortir aussi celle des japonais - assez doués aussi dans le genre à cette époque - en introduisant la Marche meurtrière de Baatan ; une marche forcée durant laquelle des milliers de soldats Philippins et Américains, prisonniers des Japonais, furent conduit, jour et nuit, sans nourriture, sur une centaine de kilomètres. La marche, les tortures sadiques infligées par les soldats japonais le long du chemin et les conditions d’internement très dures qui ont suivi, firent des milliers de morts dont il est pratiquement impossible d’évaluer le nombre.

Une autre grande bataille gagnée, du point de vue conservateur, par les Etats-Unis est celle contre le Communisme. Comme toute bataille, elle a ses héros. Ronald Reagan tient la tête, incontestablement, et les conservateurs souhaitent que les jeunes étudiants l’apprennent ; mais le très controversé John McCarthy en fait aussi parti. Pour balancer, là encore, la vision noire du McCarthysme, la Commission demande à ce que les travaux des services de renseignements usaniens et britanniques qui tendraient à prouver l’infiltration des communistes au sein du gouvernement américain de l’époque - le projet Venona - soient étudiés avec un peu plus d’attention qu’avant. Du coup, même si McCarthy est allé un peu loin, n’avait-il pas de bonnes raisons ? Le mécanisme de la substitution des termes est aussi appelé en renfort, mais en sens inverse : plus question d’expansionnisme mais d’agression soviétique dans les programmes.

Il y a aussi les héros d’en face, du parti d’en face, les sorciers et les sorcières, tous ces Américains aux idées un peu trop rouges que les conservateurs aimeraient voir disparaître dans les profondeurs de l’histoire. Dolores Huertas, par exemple, syndicaliste des ouvriers agricoles, soupçonnée d’avoir milité au sein du Parti socialiste américain, a faillit être ostracisée des programmes. « Je ne pense pas qu’elle devrait être dans une liste de citoyens exemplaires » disait d’elle, Géraldine « Tincy » Miller, la commissaire républicaine de Dallas.

Sans vouloir tout citer, on aura compris que le mouvement général des conservateurs est de recentrer l’enseignement autour des valeurs fondamentales - où considérer comme telles - des États-unis et de ce qui en fait un pays d’exception. En bref, le Texas traduit dans les textes d’histoire en particulier, et des humanités plus généralement, le grand virage à droite que l’Amérique prend en ce moment.

Renouer avec les vraies racines de l’Amérique

Une première idée est de renouer avec la morale américaine, chrétienne.
Dans le Texas Insider, un journal républicain sur la Toile, un des candidats à la Commission, Bryan Russell indique très clairement le chemin : « Nous avons à prendre conscience du déclin spirituel de notre nation ». Un prédicateur évangéliste du Massachussett, Peter Marshall, pose lui directement la question : Comment pouvons nous relever l’Amérique ? Sa réponse est simple : en retrouvant l’esprit puritain des premiers immigrants - du moins en Nouvelle Angleterre - et leur vision de l’Amérique. Ainsi, à des distances plus ou moins proche des commissaires conservateurs, gravitent des mouvements comme celui des Bâtisseurs (Wallbuilders). Cette organisation se nomme ainsi en référence au passage du livre de Néhémiah, dans l’Ancien testament : un mouvement populaire au sein du peuple juif avait alors entrepris d’aider à la reconstruction des murs de Jérusalem pour rétablir le royaume. Symboliquement, les Bâtisseurs proposent de reconstruire les murs moraux, les fondations, de la nation américaine. Concrètement, cette idée se traduit par une mise en valeur des aspects moraux et chrétiens de la Déclaration d’indépendance ou au sein de l’œuvre des Pères fondateurs comme Georges Washington. Il n’hésitent pas non plus à contester la séparation de la religion et de l’État. Réintroduire les valeurs chrétiennes dans l’éducation et les programmes est donc une priorité, conduite au niveau national par la Conseil national pour l’enseignement de la Bible dans les écoles publiques (National Council on Bible Curriculum in Public School).

Ce retour aux valeurs américaines est maillé avec une autre théorie - ou croyance - : l’Exceptionnalisme américain et sa compagne de route, la Destinée manifeste. En bref, les États-unis sont une nation à part. Une sorte de peuple élu, pas forcément par un Dieu, comme celui des Juifs, mais au moins par le Destin... et par Alexis de Tocqueville. Le Français attribua le premier aux États-unis, une place particulière parmi les nations du fait qu’elle était composée essentiellement d’immigrants et la première des grandes démocraties. Une théorie et une croyance que la Commission entend bien faire passer aux jeunes étudiants, avec une mansion spéciale pour le Texas. « Nous ne sommes pas (les États-unis), un (peuple) parmi d’autre » affirme, dans le Texas Tribune, Gail Lowe, la nouvelle présidente de la Commission, avant d’ajouter : « Nous sommes Texans, nous croyons que notre État est le meilleur de tous, pourquoi ne le croirions-nous pas pour notre pays également ? » Avec elle, il n’y a plus de doute : les livres d’histoire texans ont bel et bien une destinée manifeste dans toutes les classes usaniennes ...

Au sein des programmes, cela se traduit, comme nous l’avons vu, par des ajouts, des réécritures ou des disparitions. Sur le plan de la morale chrétienne, les conservateurs firent grands bruits quand ils proposèrent d’ostraciser Thomas Jefferson, rien de moins que l’un des rédacteurs de la déclaration d’indépendance, parce qu’il aurait soutenu l’idée de la séparation de l’Église et de l’État. Quant à l’exceptionnalisme, on le cherche dans les évènements : la bataille d’Argonne, par exemple, - la grande victoire du corps expéditionnaire américain en 1918 - est ajoutée et la commission propose désormais aux étudiants d’expliquer « comment le patriotisme américain inspira d’exceptionnelles actions aux citoyens et au personnel militaire » durant la Seconde guerre mondiale.

Evidemment, l’histoire américaine n’est pas un long fleuve tranquille et pur scintillant sous les feux du génie d’une nation exceptionnelle. Elle a ses heures sombres. La lutte pour les droits civiques dans les années 50, par exemple, fut l’une d’elle. Mais là encore, ce n’est qu’une question d’angle de vue et d’orientation de la poursuite vers les bons acteurs de la scène de l’Histoire. Le bon pasteur Martin Luther King prend ainsi le pas dans les programmes texans sur le subversif Malcom X. De toute façon, pour certains conservateur à tendances sophistes, les droits civiques ont été accordés par la démocratie américaine ... donc par la majorité.

La question des minorités, en général, est un des points chauds du débat. Les Démocrates et la grande majorité des « gauchistes » envisagent la nation américaine dans une construction multiculturelle. Ce qui implique de faire-valoir les minorités culturelles et de prendre en compte les conflits entre les groupes sociaux et généralement entre les minorités et la majorité. C’est ce qui fit Howard Zinn, dans les années 70, avec son histoire populaire des États-unis, en réécrivant consciemment l’histoire usanienne du point de vue des minorités (Amérindiens, esclaves, femmes, etc.) pour contrebalancer, là encore, l’histoire officielle qui n’en faisait pas grand cas. Les Républicains et les conservateurs ont une vision plus agrégative et plus traditionnelle de l’histoire américaine où il ne faut pas trop en faire avec les minorités et, surtout, ne pas insister sur ce qui divise mais plutôt sur ce qui rassemble les Texans et les Américains. C’est le fameux pot-pourri usanien : le nation américaine est une nation d’immigrants, certes, mais il est impossible d’en distinguer les morceaux.

Ces conceptions antagonistes donnent de grandes tensions quand il s’agît d’aborder les différents apports et les participations des minorités dans l’histoire et la culture américaine. La culture hip-hop, en ce sens, a subit de plein fouet la charge des conservateurs qui souhaitaient en diminuer son importance dans les programmes ; Don McLeroy en tête avec comme argument que le rap véhicule une image négative, celle des gangs, un matérialisme (la culture bling-bling) et un machiste extrêmes. Ce fut un échec mais de justesse. Néanmoins, ils ont ajouté dans la liste la culture country et la musique western... qui n’y étaient pas ! Pourtant un des produits d’exportation du Texas, même en France.

De la démocratie en Amérique

L’histoire et la perception de l’histoire sont des choses complexes et à facettes multiples. L’enseigner est encore plus difficile dans la mesure où l’enseignement fige l’histoire en récit. Un récit, obligatoirement réducteur mais politiquement constructif, chargé d’imaginer un destin national, de graver une mémoire collective dans l’esprit des citoyens en devenir. Comme l’écrit Cynthia Dunbar, une des commissaires conservatrices, sur son sitoile : « Je pense que la philosophie de la salle de classe d’une génération deviendra la philosophie de gouvernement de la génération suivante. »

Ce qui se passe au Texas pourra paraître risible ou dangereux mais si l’on prend de la hauteur, aussi, très positif : une nation discute de son histoire avec toute la gamme des perceptions possibles. C’est la démocratie et les citoyens ne sont pas pris pour des imbéciles. La vision historique d’un dentiste partisan du créationnisme jeune-terre, ou les principes moraux et la foi dans l’Amérique d’un Chuck Norris
 [2], dans ce sens, ne sont pas plus indignes, ou moins digne d’intérêt, que celle des professeurs d’université chevronnés. Et si ce point de vue est majoritaire au Texas, il doit, d’une façon ou d’une autre, y être enseigné.

En outre, la définition des programmes ne ferme pas les débats ; le point de vue officiel texan sur l’histoire usanienne peut-être lui aussi contrebalancer immédiatement sur le plan intérieur par des organisations comme le Réseau texans des libertés (Texas Freedom Network) et par celui prévalent dans d’autres états. Par exemple, quand le sénateur Leland Yee, représentant Démocrates des comtés de San Francisco et de San Mateo en Californie, eu vent de l’affaire texane, il rédigea un brouillon de loi pour empêcher que les modifications des conservateurs texans n’apparaissent dans les livres d’histoire californiens et afin que l’idéologie des États rouges, donc Républicains et conservateurs, ne franchisse pas les frontières de son état.
De la même façon, les conservateurs texans entendent bien envoyer leur manière de voir à Washington.

Les étudiants texans ne sont donc pas vraiment menacés par les débats au sein de la Commission tant que ce qui s’y passe reste dans un cadre démocratique. Les débats en eux-mêmes et les manifestations des opposants « gauchistes » sont pédagogiques. En revanche, il y a probablement des risques pour la diversité des opinions et leurs traductions au sein des institutions démocratiques des états, si les programmes sont, à l’avenir, définit uniquement pas des commissions de professionnels au niveau fédéral. Le risque de dérives idéologiques - dans un sens ou dans l’autre - est aussi grand mais sans qu’il y ait débat. Or, au final, l’identité des citoyens se construit beaucoup plus sûrement au sein de controverses ouvertes à tous qu’à grands coups de lois ou de législations en tous genres. Il est à souhaiter que le Texas, en ce sens, reste une terre de liberté et ne suivent jamais le mauvais exemple européen.

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Renart Saint Vorles est un coureur des bois numériques nord-américains.

Notes :

[1Cet article puise principalement ses sources auprès duTexas Tribune, un journal texan en ligne et proche des démocrates qui mène campagne contre les conservateurs de la commission de l’éducation. Les principaux exemple ci-dessous sont repris de leur analyse des modifications des programmes, et des divers articles qu’ils ont publiés sur le sujet.

[2Si Chuck Norris est connu internationalement dans le milieu des arts martiaux, pour ses films guerriers à la sauce Rambo, et pour finir, sur la Toile, grâce aux aphorismes dont il est le héros, les Chucks Norris facts, c’est aussi un chroniqueur politique du TownHall, très conservateur qui, en bref, place Dieu et l’Amérique au dessus de tout et le Texas encore plus haut. Il aurait même l’ambition de la Sécession du Texas selon le Réseau Voltaire


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