Gaz de schistes : quelle rentabilité ?
Dossier | Gaz de schiste, l’expérience québécoise

Le lundi 11 juillet 2011 par Asteur-Amérique

Cet article fait suite à un article récent publié par Mathieu Auzanneau sur son blogue dans lequel il revient sur la question de la rentabilité des puits de gaz mise en doute par toute une série de courriel publiés par le New York Times. Son article « Bulles de gaz de schiste aux États-unis » explique que les perspectives de rentabilité et donc la rentabilité de l’exploitation des gaz de schistes américains est largement surestimée et que tout ceci ne serait qu’une bulle financière spéculative, une sorte de chaine de Ponzi gigantesque.

En parcourant les documents du BAPE, la question de la rentabilité des gaz de schites est souvent évoquée, soit clairement, soit en filigrane.

Au Québec, la connaissance des sous-sols est encore assez lacunaire comme l’explique Pierre-André Bourque, professeur de géologie à l’Université Laval et très favorable à l’exploitation des gaz de schistes. Le Québec a juste un énorme « potentiel », notamment parce qu’il se situe dans la continuité géologique des bassins usaniens. Or, Mathieu Auzanneau écrit :

« Le New York Times rend également compte de l’analyse d’un pétrogéologue de Houston, Art Berman, d’après lequel les plus gros industriels américains actifs dans le boom des gaz de schiste au Texas surestiment de 73 à 350 % le montant des réserves qu’ils sont capables d’exploiter dans cet État, producteur n°1 aux États-Unis. »

La faible connaissance du sous-sol québécois pose un problème : avant de commencer le forage de puits, il y a un énorme travail de relevées sismiques précises à mener pour ne pas creuser n’importe où et avoir une chance élevée de trouver du gaz. Mais, ces études coûtent chères et constituent donc un frein à l’exploration.

« Il y a un certain nombre de freins à l’exploration pétrolière et gazière au Québec. D’abord les coûts financiers impliqués qui sont très élevés. L’exploration pour les hydrocarbures se distingue nettement à ce niveau de l’exploration minière qui demande des investissements moins importants. À titre d’exemples, il en coûte en moyenne de $5 000 à $20 000 par kilomètre pour un relevé sismique sur terre selon qu’on utilise les routes existantes (e.g., Gaspésie) ou qu’on doive ouvrir de nouveaux chemins (e.g., Anticosti) et de $1 000 à $2 000 en mer selon l’ampleur du programme sismique ; le coût estimé des deux forages sur terre que réalise présentement Hydro-Québec dans la région de Miguasha en Gaspésie est de 1,6 et 2,5 millions de dollars respectivement. En mer, le coût d’un forage peut varier de 30 à 90 millions de dollars selon les conditions physiques du milieu. Un tel niveau de coûts limite l’action des entreprises « juniors », et en pratique il faut compter sur des investissements des grandes sociétés pétrolières « majors ».
Le niveau de risque élevé d’un territoire à faible maturité d’exploration, comme c’est le cas présentement pour les bassins québécois, constitue un autre frein. Comme le veut le dicton populaire, « on n’attire pas les mouches avec du vinaigre ». Pour attirer des sociétés susceptibles d’investir des montants critiques pour accélérer significativement des campagnes de géophysique sismique et de forages, il faudra présenter des résultats probants et attrayants concernant le potentiel. » (page 13)

DD2 / BUREAU D’AUDIENCES PUBLIQUES SUR L’ENVIRONNEMENT. Avis de monsieur Pierre-André Bourque, géo., PH.D., professeur émérite au département de géologie et de génie géologique de l’Université Laval relatif aux ressources en hydrocarbures au Québec, novembre 2004, 17 pages.

Comme Pierre-André Bourque l’explique dans les pages suivantes, c’est, selon lui, a gouvernement du Québec et aux institutions publiques en générale (universités, etc.) à faire en sorte que déblayer le terrain, notamment en faisant les recherches préalables.

L’Association pétrolière et gazière du Québec partage probablement cet avis et demande un environnement économique favorable au Québec pour la mise en place de l’exploitation des gaz de schistes. Un de ces arguments est la difficulté d’extraction du gaz dans les schistes d’Utiqua, ce qui augmente le seuil de rentabilité du gaz de schistes du Québec.

« Le seuil de rentabilité du Québec de même que les risques géologiques sont plus élevés que ceux des autres gisements rendant l’attrait du capital plus difficile. » (graphisme page 8)

DB44 / ASSOCIATION PÉTROLIÈRE ET GAZIÈRE DU QUÉBEC. Données économiques sur les gaz de schiste, octobre 2010, 19 pages.

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Le coût des puits d’exploration
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Le coût d’un puits destiné à l’exploration (et non l’exploitation) des gaz de schiste au Québec est estimé à un peu plus de 88 000 dollars selon l’Association pétrolière et gazière du Québec. Le document est intéressant car il compare les délais d’autorisation entre les différents états. Par exemple, si au Québec les demandeurs doivent attendre 195 jours, au Texas, ils n’attendent que... 2 jours.

DB18 / ASSOCIATION PÉTROLIÈRE ET GAZIÈRE DU QUÉBEC. Détails des coûts liés au forage d’un puits d’exploration au Québec, 6 octobre 2010, 2 pages.

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Les courbes de rendement des puits de gaz de schiste
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La fracturation hydraulique fonctionne un peu comme extraire de l’eau d’une éponge. Quand l’éponge est pleine, la presser légèrement donne toute suite de grande quantité d’eau mais en serrant fort (fracturation hydraulique avec l’aide d’explosif et de hautes pressions), l’extraction de l’eau de l’éponge se fait très rapidement mais ne dure par longtemps. On peut cependant continuer à extraire de l’eau pendant quelques heures en la laissant s’égoutter. Le fonctionnement d’un puits de gaz de schiste est à peu près équivalent. Ce qui fait que les courbes de déclin sont très rapides, car on extrait beaucoup tout de suite. Cependant du gaz peut s’échapper du puits en petites quantités, régulièrement, et pendant longtemps. Encore faut-il donc qu’il y en ait beaucoup à l’origine. Là est l’enjeu.

Voici un document qui présente les courbes de déclin dans différents bassins d’extractions nord-américains. Il émane la encore de l’Association pétrolière et gazière du Québec. Il est important de remarquer que les échelles de ces graphismes sont exponentielles, sur des échelles arithmétiques les pentes seraient nettement plus sévères.

DB19/ ASSOCIATION PÉTROLIÈRE ET GAZIÈRE DU QUÉBEC. Courbe de déclin d’un puits Horizontal produisant des shales des Marcellus ; Courbe de déclin typique des shales du Montney ; Courbe de déclin typique des bassins majeurs de shales gaz, 6 octobre 2010, 3 pages.

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Les gaz de schistes sont la nouvelle affaire du Québec qui hésite entre richesse naturelle à exploiter et risques environnementaux à ne pas subir. Certain n’ont cependant aucune hésitation. Ils sont déjà rangé du côté des pétroliers. La vidéo de Radio Canada associée à l’article est très pédagogique. A voir.

L’éolien au large se développe aux États-unis, notamment sur la côte Est. La signature de ce bail, pour l’implantation d’un parc éolien aux larges des côtes de la péninsule de Nantucket devrait accélérer le mouvement.

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