États-unis, des voitures plus sobres en 2025 ?

Le mercredi 24 août 2011 par Asteur-Amérique

Le 29 juillet dernier, la Maison blanche a annoncé les nouvelles normes en matière de consommation automobile qui seront applicables aux modèles neufs des années 2017-2025. À cette date, les voitures de tourisme et les camionnettes devront atteindre la barre des 54,5 mpg, soit 54,5 milles pour un « gallon », soit, en système métrique, un peu moins de 88 km pour un peu moins de 4 litres d’essence [1]

Un grand bond pour l’Amérique...

C’est un grand pas en avant. Les normes américaines en matière de consommation automobile n’avaient pas été révisé depuis plus de 25 ans (1985). Depuis 2007, les normes en cours fixent à 22,2 mpg la consommation des véhicules neufs. Si, la même année, la loi sur l’indépendance et la sécurité énergétique prévoyait d’atteindre les 35 mpg en 2020, avec 54,5 mpg, l’administration Obama a réussit à multiplier par près de 2,5 fois la norme actuelle.

Les importations de pétrole devraient diminuer, c’est le but premier. La Maison blanche estime que le programme permettra de ne pas consommer 12 milliards de barils en tout sur les quinze années du programme, soit 2,2 millions de barils par jour, même si, au fur du remplacement des vieux véhicules, elle espère porter ce chiffre à 4 millions.

À titre de comparaison, les États-unis importent entre 11 et 12 millions de barils par jour, en moyenne, depuis 2009. Les 4 millions, s’ils sont atteint, correspondraient alors à peu près aux importations en provenance des pays de l’OPEP, toujours selon la Maison blanche. En réalité, il y aura encore un petit effort à faire puisque l’OPEP fournit près de 5 millions (4,9) de barils par jour aux États-unis.

Avec seulement 2,2 millions de barils par jour économisés, ce serait alors les importations canadiennes, autour de 2,5 millions de barils quotidiens, qui seraient compensées. Mais le Canada est un pays beaucoup moins problématique, politiquement, que les pays de l’OPEP. On remarque d’ailleurs que les importations en provenance du Canada augmentent d’année en année, tandis que celles des autres pays, OPEP ou non, ont tendance à diminuer.

En souhaitant réduire d’un tiers les importations de pétrole en 2025, la politique américaine vise à atteindre, dans les dix ou quinze prochaines années, une plus grande autonomie énergétique. C’est une tendance lourde qui se remarque à toutes les échelles territoriales, depuis les petites villes comme Boulder, Colorado jusqu’à l’état fédéral.

Limiter la consommation des voitures est une des étapes importantes de ce processus tant les Américains en restent dépendants. Le pétrole représente toujours 35% de l’énergie totale utilisée aux États-unis et si 72% de ce pétrole sert aux transports en général, 45% est consommé par les véhicules légers.

À long terme, ces décisions auront inévitablement des conséquences géopolitiques importantes. Le rapport de la Maison blanche est assez clair sur ce point :

Les événements en Libye et au Moyen-Orient dans les mois passés nous rappellent l’importance d’assurer notre avenir énergétique en réduisant notre dépendance au pétrole.

Si les États-unis parviennent à ne plus importer de pétrole de l’OPEP, la politique étrangère usanienne serait enfin libérée de la doctrine Carter [2] et leur permettrait de lâcher le Moyen-Orient - surtout les bases militaires américaines en place. Si son économie tourne sans, ou avec maintes fois moins de pétrole qu’aujourd’hui, elle n’aura plus vraiment de raison d’y intervenir.

Mais en plein débat politique sur le plafond de la dette américaine, ces mesures ont un autre objectif très clair et plus immédiat, même s’il est inextricablement lié au premier : faire des économies ; l’ensemble du programme devrait permettre de ne pas dépenser 1 700 milliards de dollars. C’est le cœur du problème. L’Amérique n’a plus les moyens de son niveau de vie et de sa consommation de pétrole.

L’American Security Project, une idécurie institutionnelle basée à Washington, écrit dans son rapport, publié récemment et intitulé Choix énergétiques pour les Amériques que :

Les États-Unis envoient des centaines de milliards de dollars outre-mer pour payer leur pétrole. Les États-Unis ont consommé, en valeur, plus de 1 450 milliards de dollars en 2010, parmi lesquels 680 milliards ont été dépensés en importations. Sans ces importations, le déficit commercial des États-Unis, qui fut de 497 milliards en 2010, n’aurait pas existé. Ce capital aurait pu être investi à domicile. L’export de ce capital a pour effet de faire baisser la valeur du dollar. Mises ensembles, la volatilité et la dépendance aux importations signifient que l’augmentation rapide des prix devient une sorte de taxe croissante sur la consommation. Seulement au lieu que cette taxe soit utilisée pour réduire le déficit du budget ou investir localement, 50% est envoyé outre-mer.

Et plus loin, en conclusion :

Les Etats-Unis ne peuvent plus se permettre d’avoir une politique étrangère aussi influencée par les lointains marchés du pétrole. Ils ne peuvent plus, non plus, continuer à envoyer 680 milliards de dollars outre-mer simplement pour pouvoir conduire.

Les politiciens devront prendre des décisions qui risquent de ne pas être populaires dans un premier temps mais qui, à long terme, sont dans le meilleur intérêt du pays.

Si cela est vrai, probablement, pour d’autres décisions (taxe carbone, par exemple), la réduction de la consommation des voitures ne posera pas trop de problèmes d’impopularité politique. La Maison blanche insiste d’ailleurs là-dessus et reprend à son compte une étude récente de Maritz Research, cité par Ford et qui porte annuellement sur 200 000 personnes : il y a 10 ans, 14% des américains considéraient l’efficacité énergétique comme un critère très important lors de l’achat de leur véhicule. Ils sont aujourd’hui 42% à le faire. 37% répondent que ce sera un critère décisif lors de l’achat de leur prochain véhicule.

De façon plus palpable, les Américains devraient donc économiser 8 220 dollars sur l’ensemble de la durée de vie des nouveaux véhicules répondant aux nouvelles normes. À titre de comparaison, le rapport de la Maison blanche estime à 17 500 dollars la consommation moyenne de carburant pour une voiture de 2010 et ce, pour l’ensemble de sa durée de vie.

Pour les ménages, c’est une bonne nouvelle car leur situation pétrolière empire vite : leurs dépenses annuelles de pétrole ont plus que doublé en dix ans. De 1 000 dollars en l’an 2000, un chiffre relativement stable depuis 1985, elles sont passées à plus de 2 200 dollars par an en 2009. Elles n’étaient encore que de 1 400 dollars en 2004. Une progression qui grignote les budgets des ménages. D’un peu plus de 3% en l’an 2 000, la part du pétrole est passée à un peu moins de 5%, aujourd’hui, avec une courbe de croissance fortement exponentielle. Les entreprises seront aussi concernées . L’augmentation du prix du pétrole affecte directement leurs résultats.

Enfin, la non-consommation de pétrole a, bien évidemment, des effets environnementaux positifs. La Maison blanche annonce que le programme permettra de ne pas rejeter 6 milliards de tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, soit l’équivalent des émissions américaines en 2010 ou ce que la forêt amazonienne absorbe en trois ans.

De façon plus directe et sans rentrer dans les débats sur les origines anthropiques ou non du réchauffement climatique, ni dans ceux sur les pollutions induites par la production de pétrole dans les zones difficiles, comme les sables bitumineux de l’Alberta, cette décision aura tout simplement des conséquences directes sur la santé des Américains, notamment en ville.

Là encore, dans une économie en perte de vitesse, quand les budgets se resserrent et ne permettent plus la prise en charge des soins - on a vu tous les débats sur Médicare et Médicaid - il n’est pas idiot de diminuer les problèmes de santé à la source.

... mais un petit pas pour l’environnement.

Pour les environnementalistes, cependant, 54,5 mpg, ce n’est pas assez. Le Sierra Club, l’une des plus importantes et des plus anciennes associations environnementalistes des États-unis, demande à Barack Obama, de monter la barre à 60 mpg. Pourquoi ? Tout simplement parce que, selon eux, 54,5 mpg est une mesure obtenue pas des procédures de contrôle de la consommation des véhicules qui ne sont plus du tout à jour : l’administration américaine utilise encore des procédures qui sont entrées en vigueur en 1975 !

Selon le rapport du Sierra Club, les tests sont faits sur des véhicules roulant à 48 milles par heure (à peu près 77 km/h) sur une autoroute... sans prendre en compte autre chose que la consommation du moteur pour faire avancer le véhicule. Ce qui, pour l’association, est une aberration puisque plus personne ne conduit ainsi.

Aujourd’hui, une voiture n’est plus un moteur et quatre roues. C’est aussi une climatisation en (très) froid ou en (très) chaud, un autoradio, des enceintes (parfois puissantes), des écrans de télévisions, etc. La voiture devient un espace de vie avec toute une série d’accessoires qui assurent son confort moderne. La consommation du moteur qui fournit l’électricité de la plupart de ces appareils augmente en conséquence.

On conduit aussi plus vite. En 1975, la vitesse maximale sur les autoroutes était définie, au niveau national, à 55 milles par heure. Les véhicules étaient alors testé, en pointe, à 60 mph. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les vitesses maximales sont désormais du ressort des états et la plupart les ont fixé entre 65 et 70 mph. En roulant plus vite, les voitures consomment plus.

Enfin, pour prendre un dernier exemple de la grande relativité de ces normes, les tests sont effectués à une température ambiante comprise entre 75 et 80 Fahrenheit, soit les températures de rendement maximum des moteurs. Sauf que la grande majorité des Américains ne conduisent pas dans ces conditions optimales. Les hivers froids et les été chauds des états du Nord ou les très fortes chaleurs du Sud-Ouest influent sur le rendement des moteurs et leur consommation.

Pour le Sierra Club, la norme de 54,5 mpg ne correspond donc, en réalité, qu’à 40-44 mpg. Soit une progression, mais une progression moins importante que celle qu’annonce la Maison blanche. Cependant, ces mesures montrent qu’il y a une véritable prise de conscience du problème. Comme les Américains savent parfois si bien le faire, il peut être envisagé qu’ils dépassent plus rapidement que prévu les normes qu’ils se sont fixés. De toute façon, entre un renchérissement inévitable du pétrole et une crise économique durable du justement à la cherté croissante du pétrole, ils n’ont pas vraiment le choix.

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Auteur :

Renart Saint Vorles est un coureur des bois numériques nord-américains.

Notes :

[1C’est, en réalité, une moyenne. Les voitures légères auront une norme de consommation autour de 63-64 mpg, tandis que les camions légers auront eux une norme beaucoup plus basse de 43-44 mpg.

[2La doctrine Carter disait en substance que toutes tentatives, de quelque force que ce soit, de prendre le contrôle du Golfe persique devra être envisagée comme une attaque contre les intérêts vitaux des États-unis.


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