Détroit, mort et renaissance.
Dans les rouages rouillés de Motor Town

Le lundi 21 juin 2010 par Asteur-Amérique

Il fut un temps où la ville était grande et puissante, mais aujourd’hui Détroit est une énorme zone urbaine en ruine. Ruine architecturale, ruine sociale, ruine économique. Le temps des voitures s’en est allé et rien n’est venu le remplacer. La ville ressemble à ces épaves échouées au fond des mers quand les coraux ne sont pas là pour les embellir. Détroit a-t-elle échoué trop profond dans l’océan des désindustrialisations ?

Impossible de le dire. Une ville américaine peut toujours renaître de sa rouille.

Après tout, la devise de la ville n’est-elle pas : « Speramus meliora, resurget cineribus » (Nous espérons que des choses meilleures surgiront des cendres) ?

En attendant, des regards français se portent sur cette ville, devenus un terrain d’exploration sans fin.

Tout d’abord on suivra les pas de Valérie Samson sur son blogue TransAmérica. Cette jeune journaliste a débuté un trajet de 460 jours à destination de l’Amérique profonde, loin des lumières et des leurres de Washington. Elle vient donc de poster une série d’articles sur Détroit, une des premières étapes de son périple.

Dans de Motown à Notown, elle dresse le portrait de la grandeur et de la décadence d’une ville qui fut une capitale industrielle et culturelle - avec trois des plus grandes entreprises automobiles au monde - avant de devenir ce désert où des gens survivent de chasse aux ratons-laveurs. Une ville où la nature va, de plus en plus reprendre ses droits, naturellement ou artificiellement : dans les zones abandonnés les animaux sauvages reviennent mais la ville pourrait aussi devenir une immense ferme urbaine ou péri-urbaine.

Comme l’explique Valérie Samson, le maire de la ville prévoit de raser plus de 10.000 logements pour mettre des champs à la place, mais le projet qui fait le plus parler de lui dans la blogosphère est celui de John Hantz, ce milliardaire de Détroit (en) et qui a choisit d’y rester, de transformer la ville en une gigantesque ferme urbaine afin de créer des emplois. A suivre sur Hantz Farms Détroit (en).

En attendant, des gens vivent là. Des pauvres d’une pauvreté extrême, sans travail, sans logement, sans rien. Wayne est l’un deux et pour lui, Détroit est devenu son Jurassic Park. Les dinosaures sont ces maisons abandonnées et ces usines fermés. Pour la violence, il y a la prostitution et la drogue. Les gens ici sont des prédateurs. OK ?!

Mais Wayne est un chanceux, dans son malheur, car il a reçu de l’aide. Détroit est aussi une zone d’expériences sociales intenses et fortes pour les Communities organizers, ces agitateurs de communautés, ces robins des villes, rebelles avec une cause à défendre, qui viennent en aide aux pauvres non pas en leur apportant une aide charitable, mais en les organisant afin qu’ils obtiennent des droits, des logements, de l’assistance médicale, etc. Ils appliquent les théories et les méthodes d’un sociologue de Chicago, Alinsky. Ce sont ces méthodes, démultipliées par le pouvoir d’internet, qui furent pour beaucoup à l’origine du succès électoral de Barack Obama. Lui-même ayant été de ces agitateurs de communautés capable de faire naître des revendications, des actions de groupes ... et d’inscrire les gens sur les listes électorales. Beaucoup d’étudiants, originaire des quartiers riches et disposant des ressources nécessaires pour faire de hautes études font des stages dans les zones pauvres et défavorisés de Détroit pour mettre en pratique les règles d’Alinsky.

La solidarité entre les classes existent. Entre les races aussi, mais ...ces étudiants sont blancs, pour la plupart. Les pauvres sont noirs, pour la plupart. Ils sont séparés, mais pas égaux non plus.

Lors de mon premier jour à la soupe populaire des frères Capucins, où les community organizers tiennent meeting chaque semaine, le professeur Markus me fait remarquer que Detroit est la dernière ville aux Etats-Unis à ne pas disposer de liaison entre son centre-ville et sa banlieue. Dans le premier, une population noire à 85%, et près de 50% de chômage réel ; dans la seconde, une population blanche à 85%, et des emplois.

En 2010, plus d’un an après l’élection du premier président noir des Etats-Unis, on en est toujours là. « C’est la pire situation de ségrégation raciale aux Etats-Unis », poursuit le professeur Markus (1). De fait, quand on écrit aujourd’hui que Detroit se meurt, s’est inexact. Si le centre-ville, noir, s’enfonce un peu plus chaque jour dans la crise, la banlieue blanche, elle, se porte plutôt bien, à en juger par les villas cossues de Grosse Pointe et d’ailleurs. C’est ce que l’on appelle ici l’effet Doughnut, du nom de ces beignets gras percés d’un trou en leur milieu.

Au cœur de ce désastre, il y a-t-il de l’espoir ? Peut-être, si Détroit redevient à la mode. On ne sait jamais, ce décor de ville fantôme pourrait donner des idées à d’autres qu’à John Hantz. La presse commence à s’y intéresser. L’équipe du Time observe la ville et ses transformations pendant un an et publie reportages et infos sur le blogue dédié à l’expérience : Assignment Detroit (en)

A suivre donc sur TransAmérica.

En attendant, pour ce faire une idée de l’état actuel de la ville, il y a les photographies de Yves Marchand et Romain Meffre (sitoile ici en anglais seulement). Photographes des friches industrielles à travers le monde, ces jeunes Français ont consacrés leur dernier reportage à la ville de Détroit. Un livre devrait sortir en août 2010 aux éditions Steidl.

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