La Floride célèbre son histoire française

Le samedi 5 mai 2012

La ville de Jacksonville, dans le Nord de la Floride, célèbre, asteur, son héritage français. Dans les années 1560, en effet, la Floride est devenue une terre de colonisation en France. L’Amiral de Coligny cherchait, semble-t-il, une façon de mobiliser les opinions sur un problème lointain et extérieur au royaume afin de faire oublier les tensions religieuses qui y sévissaient. Coloniser la Floride, c’était provoquer l’Espagne de Philippe II. Contester ses droits sur le Nouveau monde définis par le Traité de Tordesillas de 1494, donc, une bonne occasion de conflits...

Jean Ribault, navigateur et corsaire français de Dieppe, huguenot de fraîche date, pris la tête de deux navires et débarqua sur les côtes de Floride, en 1562, pour y fonder une colonie. Il établit un petit fortin, nommé Charlefort. Il explora une rivière qu’il nomma la rivière de Mai et qui est aujourd’hui la rivière St John qui coule à proximité de Jacksonville. De retour en France, la même année, il ne put regagner la Floride que trois ans plus tard, après un emprisonnement en Angleterre ; mais en 1565, il est accompagné de plusieurs centaines d’hommes, des femmes et des enfants, montés à bord de sept navires de taille diverses.

Entre mutineries internes à la colonies durant l’absence de Ribault, difficultés d’approvisionnements, conflits avec l’Espagne, qui aboutit au massacre de la colonie fondée par des Français qui étaient huguenots, dont l’exécution de Jean Ribault, lui-même, et la reprise des guerres de religions en France, qui contrarièrent les projets de Coligny, de Jean Ribault et de ses successeurs, comme René de Laudonnière, son lieutenant, la Floride française ne dura pas plus de cinq années. Ce projet a néanmoins laissé une forte empreinte dans la conscience américaine.

La récupération religieuse et protestante, qui, selon Hélène Lhoumeau, ne fut pas un motif de départ des expéditions [1], fit beaucoup pour sa célébrité dans le monde protestant et anglo-saxon. L’aventure, racontée soit par les rescapés, soit par des géographes comme André Thevet, soit par des polémistes comme le pasteur genevois Urbain Chauveton fut un grand succès éditorial de la fin des années 1560.

De façon primordiale, Jacques Le Moyne de Morgues, l’illustrateur et le géographe de l’expédition, a été l’un des premiers à rendre compte par ses dessins et gravures de la faune, de la flore, mais également des cultures amérindiennes de la côte sud-est de l’Amérique du Nord.

C’est tout ce patrimoine que Jacksonville célèbre actuellement ; la ville ayant fait de Jean Ribault l’un de ces grands hommes dont le nom est donné à des écoles, des bateaux ou des rivières. Autre motif de célébration pour la ville, cette épopée française en Floride arrive bien avant les colonisations anglaises plus au nord (et souvent bien plus célèbres). Comme le site dédié aux évènements le précise :

« (...) rappelons que le débarquement français à Jacksonville en 1562 est antérieur de 45 ans à la colonisation de Jamestown et qu’il eut lieu 58 ans avant l’arrivée du Mayflower. »

Pour en savoir plus :

Sur les célébrations :

- Commémorations de 450 ans d’histoire française sur la Première Côte : le site de la ville dédié au évènements.

- Célébrons 450 ans de présence française en Floride : la page du consulat de France en Floride.

- Il existe aussi une association française des descendants et du souvenir de Jean Ribault.

Sur l’histoire de la Floride française :

- Les expéditions françaises en Floride (1562-1568) par Hélène LHOUMEAU : résumé d’une thèse de doctorat.

- Les éditions Le Passager clandestin viennent de publier Les Chroniques de la guerre de Floride (1562-1568) qui reprend les textes de René de Laudonnière et d’autres rescapés des expéditions françaises en Floride.


::::::::::::::::::::::::::: En bref ::::::::::::::::::::::::::::::
Le 19 novembre 2010
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[1Jean Ribault, comme l’Amiral de Coligny ont d’abord été des combattants au service du roi de France avant de se convertir à le religion réformée. Les liens entre les hommes et leurs motivations à agir étaient donc complexes, irréductibles aux simples questions religieuses malgré toutes leurs importances. La famille de Jean Ribault, par exemple, ne s’est pas convertie ; elle est demeurée catholique. Néanmoins, les colons français ont été massacré plus parce qu’ils étaient huguenots que Français.